Le débat de Missélé eba’a: Vacance du pouvoir présidentiel, le porte-parole du palais relance le débat.

0
759
Le chef de l'Etat Ali Bongo (à gauche) et le porte-parole de la présidence de la République Jessye Ella Ekogha (à droite)

Le manque de sagesse qui guide les nouveaux acteurs entourant et infestant le quotidien du président de la République est indiscutablement devenu, aux yeux de l’opinion publique, une chose nocive, toxique et fatale pour sa légitimité sur le fauteuil présidentiel. Or, pour continuer de le maintenir à cette place, il eût fallu le protéger à tous les niveaux, surtout avec son nouvel état sanitaire qui demeure un vrai problème pour les gabonais.

C’est la raison pour laquelle, nombreux continuent de s’interroger sur la nécessité et la pertinence de cette étrange virée du président de la République dans la Capitale, rendant même l’événement exceptionnel alors qu’Ali Bongo y vit et est sensé savoir tout ce qui s’y passe. En d’autres mots, la dernière sortie publique d’Ali Bongo Ondimba dans Libreville, organisée par “ses fameux stratèges”, lui a fait plus de mal que de bien. Elle lui a même été fatale car, elle a fait ressurgir le débat sur ses capacités à diriger le pays. Et tout ceci parce que les siens ont voulu rendre un fait normal extraordinaire. La conséquence logique et immédiate est que les conseillers du chef de l’État ont tout simplement suscité la curiosité de plus d’un.

En effet, la virée du chef de l’État, sans réel objectif politique ou motif stratégique, a présenté un homme isolé, véritablement pris en otage par des individus, visiblement ennemis de la République. Sous d’autres cieux, le désormais cercle premier du président de la République serait nominé pour un procès de haute trahison, d’abus de confiance, association de malfaiteurs en bande organisée, etc.

Selon les vidéos prises par les accompagnateurs du chef de l’État et publiées par le service de communication de la présidence de la République, tout a été servi aux détracteurs et ennemis d’Ali Bongo Ondimba pour qu’ils puissent légitimement solliciter une expertise médicale indépendante afin de déterminer ses réelles ou éventuelles capacités à gouverner.

Avant son accident vasculaire cérébral hémorragique, Ali Bongo Ondimba a eu à effectuer des tournées dans Libreville comme dans l’intérieur du pays. Ses réactions chaleureuses et vigoureuses ne sont pas étrangères au peuple gabonais. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à revoir quelques séquences du film documentaire, “Le clan Bongo, une histoire française”, diffusé en juillet 2017 sur les antennes de France 2, présentant l’attitude ou le comportement ordinaire d’Ali Bongo Ondimba devant les populations.

Certes le président de la République ne sera plus jamais le même du fait de son état de santé fragilisé, et c’est là où réside tout le problème qui engendre le débat sur la vacance de la présidence de la République, mais les réactions observées dans les vidéos servies à l’opinion publique par son service de communication tranchent radicalement avec celles jadis regardées avant l’accident vasculaire cérébral hémorragique du président de la République.

La plus emblématique, problématique et pathétique des vidéos publiées par le service de communication de la présidence de la République, qui aurait dû être censurée si on avait affaire à de véritables professionnels ou si réellement il existe “une vérité” à dissimuler au plus grand  nombre des gabonais, est bel et bien celle où la foule sur le bord du chemin crie “on a faim” et le chef de l’État répond ” moi aussi”.

Rien que ce passage appelle une réflexion de fond. Aussi, dans cette situation, Jacques Seguela, un des influents communicants de François Mitterrand, aurait aisément répété ce qu’il avait dit à Gérard Collé et à Jacques Pilhan après avoir proposé au président de la République un passage télé animé par Yves Mourousi ” vous l’avez tué”. En effet, cette communication boiteuse du porte-parole de la présidence de la République vient de tuer le chef de l’État. Sinon quel était l’objectif pour l’infographe complexé du bord de mer et chargé de la communication présidentielle de diffuser une telle séquence, grave de conséquences?

Un président de la République qui dit avoir faim quand son peuple le lui dit, cela soulève impérativement trois interrogations fondamentales: (1) Ali Bongo Ondimba ne mangerait-il pas à sa faim? Rien n’est impossible même si cette hypothèse est difficile à valider au regard des importants budgets qui sont affectés à l’intendance de la présidence de la République. Si tel était le cas, d’abord la République devrait prendre toutes les dispositions nécessaires, mais en plus, on parlerait plutôt de maltraitance d’un otage car, son état de santé fragilisé nécessite un traitement plus attentionné.

(2) Un président de la République frappé par un accident vasculaire cérébral hémorragique qui réagit de la sorte, cela pourrait être assimilé aux séquelles de sa maladie ou de sa nouvelle situation sanitaire. Étant entouré de médecins dans nos espaces de vie et de malades d’AVC dans nos familles, ce type de réaction n’est pas surprenant ou extraordinaire. Il traduit tout simplement le nouvel état d’un patient défaillant. A partir de cet instant, l’opinion publique a de la matière pour mieux comprendre ce qui se trame au sommet de l’État ou pourquoi Ali Bongo Ondimba aurait été éloigné de ceux qui ont toujours cheminé avec lui depuis 2009.

(3) Cette réaction étrange du président de la République l’éloigne très clairement de son serment constitutionnel qui dit ” je jure de consacrer toutes mes forces au bien du peuple gabonais en vue d’assurer son bien-être et de le préserver de tout dommage, de respecter et de défendre la Constitution et l’État de droit, de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge et d’être juste envers tous”. Est-ce que le président de la République qu’on a connu peut ou devrait réagir avec autant de légèreté face à une préoccupation existentielle des gabonais? La réponse est NON.

Par conséquent, où se trouve le vrai problème ou quelle est la réelle lecture à donner à cette vidéo publiée par les “amateurs” du service de communication de la présidence de la République? Tout compte fait, on emprunterait bien le titre du livre de Fabrice Lhomme et de Gérard Davet, “un président ne devrait pas dire ça “. C’est une faute professionnelle et stratégique très grave d’avoir publié cette séquence de la villégiature du chef de l’État.

Les plus pervers diraient: le secret est dehors. Ainsi, on peut mieux apprécier la réaction directe et incisive de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi du mouvement “Appel à agir” et membre de l’Union nationale dont le secrétaire exécutif est médecin de formation. Le silence du porte-parole de la présidence de la République sur la question depuis lors, les réponses démagogiques du porte-parole du gouvernement et la sortie boiteuse du PDG cachent mal la gêne occasionnée. Et c’est dommage.

A ce niveau de débat, l’incompétence aidant, on ne peut que poser la question de savoir si le service de communication de la présidence de la République a décidé ” de lever le voile sur la réelle situation sanitaire du président de la République? Servir autant d’éléments éloquents aux détracteurs d’Ali Bongo Ondimba est juste suicidaire pour ne pas dire fatal. Les “maîtres ” du porte-parole de la présidence de la République doivent prendre conscience que c’est après son passage chez la juge française que la question de convoquer Noureddine Bongo Valentin ne s’est plus posée. Puis, c’est du fait de son style de communication ringard que le débat sur les capacités d’Ali Bongo Ondimba va revenir sur la table avec des éléments plus parlants.

L’imposture explose et expose les forfaitures. Nous tendons inexorablement vers la fin.

Par  Télesphore Obame Ngomo

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here