Le débat de Missélé eba’a : La malédiction est là.

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Le président du CLR (Centre des Libéraux Réformateurs), Jean Boniface Assélé

Quel neveu, en terre bantou, peut décider de se battre en public avec son oncle sans que cela n’appelle une multitude d’interrogations mais surtout la malédiction sur lui ? Après la sortie de Macky Sall qui est considérée pour de nombreux analystes comme étant un message clair des puissances extérieures envoyé au président du Gabon, voici celle de Jean Boniface Assélé, l’oncle maternel d’Ali Bongo Ondimba, qui sort en pleine tournée républicaine du président de la République et ne peut être lu sous le prisme du caprice d’un vieil homme ou d’un quelconque chantage dit habituel. Cette fois-ci on a dépassé le cadre du simple « enough, enough, enough ».

Les institutions chargées de valider les différentes candidatures à l’élection présidentielle et le parti démocratique gabonais (PDG) vont-ils sous-estimer ces deux actes ?  La patate chaude est désormais dans leurs mains. Ali Bongo Ondimba va-t-il quand même annoncer sa candidature à l’élection présidentielle prochaine après cette annonce osée de son oncle maternel ? A la lecture de la situation, on est en droit de se demander quels sont les véritables objectifs de Jean Boniface Assélé Dabany ?  Prendre le pouvoir pour le gérer ou simplement empêcher une certaine mascarade qui empeste le climat politique et social dans notre pays ? Plus que la première hypothèse, toutes les analyses tendent à dire que ce général à la retraite veut s’opposer à une démarche dangereuse pour l’avenir du pays.

En 2016, une fable racontée par René Ndemezo’Obiang faisait la joie des partisans du changement, celle de l’écureuil et du singe malade. L’écureuil qui a la facilité et la possibilité de monter et de descendre de l’arbre disait aux autres animaux de la forêt que le singe, en haut de l’arbre, est malade. Qui pouvait en douter ? Qui mieux que l’oncle d’Ali Bongo Ondimba peut crier haut et fort dans le village, donc le Gabon, que son neveu souffre même si les institutions républicaines refusent de constater qu’il y a de sérieux problèmes à la présidence de la République ?  En disant sur la place publique « Gabonaises, gabonais, l’heure est grave. Notre pays est dirigé par certains membres du cabinet du président de la République. Des individus véreux et sournois ont décidé de prendre le contrôle de notre pays. Des étrangers prennent discrètement le contrôle des postes dans plusieurs de nos administrations. Le moment est venu de défendre la Patrie… », le général à la retraite tire la sonnette d’alarme tout en refusant de collaborer avec l’anormal. Qui dans l’administration, le PDG et les autres organes indépendants de la société civile pourra dire que ce qui est décrié ici est faux ? Récemment, la nomination d’Ousmane Cissé, un sénégalais né, a été contestée par l’opinion publique. Elle a suscité une vague d’indignation digne des patriotes de la libération en France.  Il en est de même pour les gens comme Emmanuel Lerouel, un rwandais pur jus, Mohamed Ali Saliou, un béninois pur sucre, et Ian Ghislain Ngoulou un congolais certifié. Ils ne sont pas à leur place à ce niveau de pouvoir.

Le général de Gaulle qui est célébré et respecté en France a refusé la collaboration dans son pays. Il en est de même pour le général Assélé. C’est avec courage et détermination que De Gaulle avait dit non au régime de Vichy. Avec les résistants, jeunes et patriotes, il a chassé Pétain, Laval et tous les autres collabos. Tout montre que la situation actuelle suit cette trace même si certains généraux aux allures de bangando, arrogants et corrompus, certains responsables de l’administration, peureux et opportunistes, certains cadres de plusieurs partis politiques, sans conviction et sans dignité, rendent à vouloir pérenniser ou cautionner une gestion complètement bancale de la République. Ils y trouvent leur compte malgré les humiliations qu’ils subissent. A chacun sa conscience. Heureusement que les actes publics posés ça et là vous obligent et vous engagent à assumer votre collaboration contre le Gabon. L’histoire du monde est riche d’exemples quant au traitement réservé aux collabos et aux traîtres. La France, pays des droits de l’homme, ne viendra jamais voler au secours ou s’indigner du traitement qui pourrait être infligé à ceux qu’on n’a jamais vu ou aperçu dans la charrette des victimes.

Jean Boniface Assélé Dabany qui n’est pas un novice en politique voit, comme beaucoup de gabonais lucides, le danger que va inévitablement susciter toutes les frustrations accumulées par tant d’amitiés froissées et de désarticulations de notre pays. Aussi il s’inscrit dans les dernières paroles du Grand maître « Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon ce que nous sommes entrain de faire. Il nous dit, amusez-vous. Mais le jour où il décidera de nous sanctionner, il le fera ».Dans bien de traditions africaines en général, et gabonaises en particulier, c’est chez les oncles que le neveu va chercher et trouver la protection. Qu’en sera-t-il désormais pour Ali Bongo Ondimba s’il décide d’affronter publiquement son oncle ? Où trouvera t-il encore le secours en acceptant de se donner des coups avec son oncle sur le champ de bataille politique ? Selon la géopolitique mondiale en place, chaque espace sait quel est le périmètre à ne pas franchir au risque d’enclencher une guerre ou un conflit avec l’autre. En proclamant la fin de la Françafrique, qui a des avantages et des inconvénients pour certains régimes en place en Afrique francophone, en épousant le Commonwealth au détriment de la Francophonie, on se demande quel est le parapluie dont dispose le régime en place pour assurer sa survie. Et lorsque l’Occident refusera de reconnaître le verdict officiel de l’élection présidentielle » comme d’habitude, quelles pourraient  être les marges de manœuvre du régime? Il est important de rappeler que Michaël Moussa est devenu sourd aux voix de ce monde.

En marginalisant certains cadres du PDG qui sont, malheureusement ou heureusement, bien enracinés dans leur fief politique, au profit de gens qui n’ont fait leurs preuves nulle part, se cachant derrière le COVID-19 pour justifier leur incapacité à s’imposer sur le terrain, le PDG compte gagner les différentes échéances à venir de quelle manière ? La politique n’est pas le lieu des miracles. Il faut bien travailler pour espérer avoir de belles récoltes. Même s’il faille compter sur des méthodes peu démocratiques, notamment la fraude très souvent décriées, rappelons qu’elle se fait avec des hommes et des femmes expérimentés afin de ne pas trop accabler ou mettre en difficulté les organes accusés, à tort ou à raison, d’entériner les mascarades électorales. Avec la confusion qui est semée par le caractère nouveau du scrutin électoral prochain, trois élections organisées en même temps, chacun corrigeant les erreurs ou les manquements au fur et à mesure, on peut déjà prédire sans risque de se tromper la catastrophe. A ce niveau, la moindre violence ou contestation prolongée embrasera le pays au détriment des tenants du pouvoir. Il va sans dire que les sièges de la Cour pénale internationale (CPI) et les couloirs de l’exil accueilleront ceux qui ont cru bon de refuser de lire les signes du temps et les signaux de la fin à temps.

Comme Jean Boniface Assélé, il est encore tant de jouer et de rouler pour le « Gabon d’abord » des pères fondateurs de notre nation. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, d’avoir parlé et d’avoir conseillé. Personne ne peut être en position de trahison puisque les nouveaux maitres des lieux refusent d’entendre raison. Le pouvoir en place, qui en réalité ne profite qu’à une minorité identifiée, a scié toute l’assurance et la véritable solidité de la branche sur laquelle il était assis. Il serait suicidaire pour certains de penser qu’ils pourraient venir jouer aux pompiers ou aux gladiateurs dans une affaire en putréfaction avancée. En d’autres mots, le pouvoir en place a, lui-même, servi la légitimité à ses alliés, partisans et soutiens divers de lui tourner le dos. Pourquoi alors aider l’ingratitude ? Pourquoi servir l’égoïsme ? Pourquoi protéger la méchanceté ? Pourquoi croire au mensonge ? Pourquoi sauver la fourberie ? Pourquoi avoir pitié l’arrogance ? Pourquoi poursuivre dans l’incompétence ? Pourquoi saluer l’impolitesse ? Que n’avons-nous pas déjà donné avant pensant que les choses étaient nôtres et qu’elles pouvaient changer ? Si au premier septennat, personne dans le pouvoir n’a supporté l’hégémonie de la Légion étrangère, au second septennat, personne ne pensait qu’on pouvait subir l’overdose de l’incompétence et l’arrogance des collégiens du bord de mer, mais il faut avoir une tête déchirée pour ne pas s’attendre au pire en 2023. Voici que l’oncle d’Ali Bongo Ondimba annonce sa candidature à l’élection présidentielle à venir. Comment le collectif des sages du PDG qui sont pour la plupart des initiés dans nos rites divers, et tous des patriarches dans leur famille respective, pourra gérer cette situation sans perdre en crédibilité et en authenticité s’ils encouragent l’affrontement entre le neveu et l’oncle sur la place publique. Ces anciens vont-ils prendre le risque de créer une jurisprudence qui s’imposera à eux, tôt ou tard, et qui finira par ensevelir les derniers éléments de la tradition qui sont encore respectés dans notre pays? Attention à la malédiction qui rôde. On ne peut ouvrir des fronts partout dans le pays et penser un seul instant que tout se passera bien par la suite au moment des élections générales. Le feu qui a été allumé dans le pays tend à présenter les premiers signes destructeurs du côté du Haut-Ogooué.

Depuis quelques temps, on note un malaise entre les Obamba et la minorité tékés accompagnée de leurs alliés étrangers venus de l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui ce sont les Obamba qui sont en prison dans le cadre de l’opération scorpion. Ce sont les cadres Obamba qui sont en exil. Ce sont les cadres Obamba qui sont humiliés dans le PDG. Ce sont les cadres Obamba qui sont assis à la maison malgré leurs diplômes, leur loyauté et leur fidélité au régime. À un moment donné, ça ne peut plus continuer. Personne ne devrait s’étonner de la démission d’Arnaud Engandji du PDG ? Face à la situation nouvelle imposée par la candidature de Jean Boniface Assélé Dabany, soit certains sages et cadres du PDG cherchent à convaincre le général à la retraite de retirer sa candidature, soit ils s’offrent l’exercice complexe de demander au neveu de ne pas se battre sur la place publique avec son oncle. Pour cela, le pouvoir devrait d’abord créer une actualité forte, le temps de faire baisser la température dans le pays et de régler cette situation inconfortable. Libérez Brice Laccruche Alihanga et ses amis peut déjà apaiser les tensions à défaut de rétablir Jean Pierre Lemboumba et ses enfants du Gabon qui sont en exil. Il faut trouver un leurre au risque de s’enfoncer dans l’enlisement. A ceux qui répondraient que la République reconnaît les citoyens et non la parenté, il convient de faire référence à la colonne vertébrale de notre vivre ensemble dans son préambule. La Constitution dispose en son fondement que « Le peuple gabonais, conscient de sa responsabilité devant Dieu et devant l’histoire, animé de la volonté d’assurer son indépendance et son unité nationale, d’organiser la vie commune d’après les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie pluraliste, de la justice sociale et de la légalité républicaine…  proclame solennellement son attachement à ses valeurs sociales profondes et traditionnelles, à son patrimoine culturel, matériel et spirituel, au respect des libertés, des droits et des devoirs du citoyen ».C’est dire que les notions d’oncle et de neveu ne sont pas étrangères à la Loi fondamentale. À cela on peut ajouter les brillants rappels du chef de la majorité sur la tradition et son importance pour notre pays. Le schéma qui consiste à encourager cet affrontement est mortel. Et la malédiction aura eu raison du neveu.

Par Télesphore Obame Ngomo Président de l’Organisation patronale des médias (OPAM).

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