L’art du conte : Une exception artistique.

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Le conteur gabonais Michel Pecoinh devant son jeune public

Le travail du conteur est aujourd’hui encore très mal connu. L’art du conteur est de faire naître des images chez ceux qui l’écoutent, et d’émouvoir, par ses récits, jusqu’à l’inconscient de ses auditeurs, pour faire d’une histoire un outil de construction personnelle. C’est de jouer pleinement la carte de l’interaction avec ces jeunes spectateurs afin de capter et de maintenir leur attention souvent très volatile. Et ce avec des histoires issues de la tradition orale mais remises au goût du jour.

La réalité ne correspond jamais à nos désirs, et c’est pour concilier les deux qu’on raconte des histoires. Le conte concerne à la fois : la sphère sociale, des relations entre les individus d’un même groupe, des comportements autorisés ou interdits; et la sphère de l’inconscient des auditeurs.

Le conteur est surtout soucieux de plaire au public, d’obtenir son admiration. Il en rajoute, fait preuve de virtuosité, veut prouver sa technicité, utilise toutes sortes d’artifices plus ou moins démagogiques pour s’assurer de l’adhésion de son public à sa personne. Toutefois, le public n’attend pas vraiment un Conteur, mais un spectacle sur un conte, sur un thème, sur un personnage.

Il est vrai que le Conteur témoigne de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a rêvé. C’est un rêveur d’histoire. Il a travaillé un long temps, suscité une longue maturation, une vraie fermentation intérieure avant de raconter une histoire. Il a peut-être beaucoup marché avec son histoire, beaucoup rêvé, allongé sur un lit, baigné de la lumière du soleil ou caressé par la lueur de la lune. Il s’est souvent endormi avec son histoire. On croit parfois qu’il ne fait rien, mais en réalité, sans en avoir l’air, il travaille sans cesse et sans relâche ses histoires…

Si le conteur raconte bien, l’auditeur devient alors créateur de ses propres images, qu’il emporte avec lui pour longtemps, et qui continuent en lui un long travail souterrain utile à la construction de sa personne. C’est l’illustration parfaite du pouvoir de fascination que peut exercer l’art de la parole quand il est utilisé à bon escient par des conteurs qui le maîtrisent parfaitement.

Mais nous vivons dans une société saturée d’images et de spectacles, où le visuel est prépondérant, une société qui néglige de stimuler et de mettre en marche l’imagination active et libre des spectateurs, trop souvent relégués au rang de consommateurs passifs. Cela ne facilite pas la connaissance et la reconnaissance de l’art du conte et de ses spécificités.

C’est rassurant de voir que même des enfants qui ne sont plus guère habitués à prendre le temps d’écouter mais plutôt à zapper d’une activité à l’autre, d’un écran (TV, jeu vidéo, par exemple) à un autre, sont encore capables quand ils y sont amenés de façon intelligente à avoir la patience d’ouvrir leurs oreilles pour entendre des histoires. L’éducation à l’écoute n’est pas une utopie irréalisable, il faut juste, se donner les moyens d’y préparer les plus jeunes dans de bonnes conditions et de manière régulière.

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