Le groupe ST Digital a annoncé la construction à Nkok d’un data center certifié Tier III. L’infrastructure, financée à hauteur de 8 milliards de FCFA par un fonds souverain africain, est présentée comme un outil de localisation des données gabonaises.
Selon les promoteurs, plus de 95 % des données africaines sont actuellement hébergées hors du continent. Le projet vise à rapatrier les données gabonaises sur le territoire national.
L’exploitation d’un data center moderne nécessite des compétences techniques : ingénierie réseau, cloud computing, cybersécurité, intelligence artificielle, science des données, DevOps et maintenance industrielle.
Des acteurs du secteur s’interrogent sur la capacité du système de formation supérieur gabonais à fournir ces profils à moyen terme. Les programmes actuels sont jugés majoritairement théoriques, avec des équipements parfois insuffisants.
L’opérateur évoque la formation d’un millier de jeunes et la création de 25 emplois directs sur deux ans. Cet écart entre le volume de formation annoncé et les postes prévus soulève des questions sur l’adéquation avec les besoins du marché. Des précisions sont attendues sur les contenus pédagogiques, les critères de sélection et le taux d’insertion visé.
La formation des formateurs et l’équipement des établissements en laboratoires et plateformes techniques sont également cités comme des préalables.
ST Digital est un groupe dont le siège est basé à Abidjan et qui opère déjà dans plusieurs pays d’Afrique. La filiale gabonaise porte le projet. L’identité du fonds souverain financeur n’a pas été communiquée.
Des professionnels du numérique relèvent que la politique publique de localisation des données et le cadre réglementaire associé ne sont pas encore formalisés. Ils demandent des clarifications sur les engagements de l’État, le calendrier de migration des données publiques, les tarifs et les modalités de contrôle d’accès.
Autre point soulevé : l’alimentation électrique. Un data center Tier III exige une disponibilité supérieure à 99,9 %. Or le réseau électrique national connaît des délestages récurrents.
Pour les observateurs, la réussite du projet dépendra de son intégration dans une stratégie nationale : formation de techniciens à court terme, révision des cursus et création de filières spécialisées à moyen terme, développement de la recherche à long terme.
Ils préconisent la publication d’indicateurs : nombre de jeunes formés et recrutés, services publics migrés, taux d’utilisation du data center, part des compétences assurées par des équipes gabonaises.

