Jeanne Matsougou épouse Mbagou, seule femme à la tête d’une grande municipalité.

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Jeanne Mbagou, seule femme à la tête d'une grande municipalité au Gabon.

C’est avec 48 voix contre un bulletin nul, soit 97,96% des suffrages exprimés que Jeanne Matsougou épouse Mbagou a rempilé, le 3 février 2019, pour un troisième mandat à la tête de la mairie d’Owendo, la  ville portuaire. Portrait d’une femme à l’allure avenante derrière laquelle se cache une mordue de travail.

Ce vote à l’unanimité  des conseillers à été un véritable plébiscite  pour l’édile d’Owendo qui a entamé son troisième mandat après avoir passé dix ans, soit deux mandats à la tête de cette mairie. Les conseillers issus pour la plupart du PDG et de ses satellites alliés aux noms aussi fantaisistes tels que RV, SDG,  ont voté pour la continuité. Et c’est un truisme de le dire quand on voit le grand bond en termes de constructions et d’infrastructures d’Owendo. La ville est sortie du quartier village de pêcheurs de l’ère Jean Michel  Nzaou, nom du premier maire pour revêtir les habits d’une ville en pleine croissance résolument tournée vers le modernisme.

Née le 15 février 1960 à Lambaréné et mère de six enfants, Jeanne Matsougou  épouse Mbagou, attachée d’administration sanitaire et hospitalière, a  fait de la politique un sacerdoce au service de la population. Dans le service au quotidien de la mairie d’Owendo, Jeanne n’hésite pas souvent à plonger ses mains dans le cambouis. Il n’est pas rare de la voir reprendre les commerçantes récalcitrantes qui vendent hors des lieux indiqués. Un jour, alors qu’elle se rendait à son travail, grande  a été sa surprise de voir un compatriote verser ses ordures à côté du bac à ordures  pourtant vide. L’édile s’est arrêté et a sommé le récalcitrant, pelle à la main, de ramasser toutes les ordures aux alentours du bac. Elle a attendu là, jusqu’à la fin de la tâche. C’est cela aussi Jeanne Matsougou épouse Mbagou qui fait de la propreté d’Owendo, son cheval de bataille. A la tête d’une commune riche grâce au Port qui fournit l’essentiel des besoins du Gabon et de la capitale et surtout  l’implantation de sociétés qui payent des taxes, l’édile, selon ses dires, ne compte plus seulement sur la subvention de l’Etat et surtout la concrétisation  de la loi sur la décentralisation avec une autonomie totale de gestion des collectivités locales. Avec un budget primitif  2018 de 3,6 milliards, la mairie  d’Owendo peut s’enorgueillir d’avoir un coffre plein qui fait pâlir de jalousie les autres communes du Gabon. Ajouté à cela, l’investissement des chinois qui ont construit des immeubles, des boutiques, des espaces commerciaux et la présence de petits commerçants spécialisés dans les services, sont autant d’entrées qui nourrissent les coffres de la mairie.

        C’est son attitude de fonceuse qui lui vaut sa longévité

Tout le landernau politique Owendois s’accorde à ce niveau, Jeanne  Mbagou est une fonceuse qui a appris à nager dans les eaux troubles remplies de requins d’Owendo. Sa corpulence en impose d’ailleurs lorsqu’on sait le sort souvent réservé aux femmes qui se lancent en politique, domaine essentiellement machiste. Jeanne sort du lot et donne des coups tout comme elle en reçoit. Mais les faits, les réalisations parlent en sa faveur. Et c’est la raison d’être de son troisième mandat, venu après le quitus  du secrétariat du PDG. Il faut le dire, Jeanne a mis la barre très haute en exigeant aux instances du parti de choisir entre une place de député-maire ou de membre du gouvernement. Les instances du parti ont tranché. Cette attitude de vouloir toujours le meilleur lui vaut des inimitiés au sein de la commune.

Or Jeanne a gravi les échelons du parti et de la mairie sans anicroche ni parachutage. Militante du parti, elle est dès 1993, présidente du comité PDG cité Octra dans la commune. En 1997, elle est nommée responsable des femmes de l’UFPDG de la section 2. Responsable fédérale Ufpdg de la commune d’Owendo en 2001, elle obtient également  le graal de membre du Bureau politique pour le deuxième arrondissement. Grâce à son militantisme et à son engagement, elle a, maintes fois été pressentie à la présidence de l’Ufpdg lors des congrès du parti, notamment depuis l’arrivée d’Ali. Les femmes d’owendo ont toujours manifesté envers elle et le parti beaucoup de ferveurs lors des grandes messes. A la manœuvre jeanne Mbagou. Cet engagement exacerbé pour certains, a souvent fait des jaloux même au sein de la gente masculine qui rechigne à jouer les seconds  rôles au profit d’une femme qui croit au parti et en ses valeurs.

Si l’engagement des femmes dans le parti se donne à lire lors des animations et les mobilisations, sur le terrain politique pur, c’est une autre paire de manches. La politique au Gabon, comme ailleurs, étant d’abord une affaire d’hommes et les femmes qui s’y risquent, à un niveau élevé, le font à leurs dépends.  L’horloge de leur survie dépendant des attaches au sein de la hiérarchie. Pour Jeanne, le mérite s’est confirmé à l’épreuve du terrain où ses actions au profit des populations Owendoises notamment la femme, ont eu un grand écho. C’est ainsi que le  24 mai 2018, Jeanne Mbagou et le  directeur du Fonds national d’action sociale Constant assari ont signé une convention-cadre pour accompagner les femmes et autres promoteurs pour un accompagnement dans le cadre du  projet « Diboty », programme de renforcement des capacités des femmes commerçantes. Ce programme  encourage les activités génératrices de revenus (AGR). La mairie s’était engagée à mettre des espaces dédiés au recouvrement des microcrédits et les porteurs des AGR devaient bénéficier des allègements des taxes communales etc. C’est donc sans surprise, lorsque, le 3 février 2016, cette dynamique femme a reçu un prix décerné par le groupe Diaspora Voice pour son management  et de grande artisane de la décentralisation et de la bonne gouvernance en Afrique.

De plus, la ville a vu un investissement considérable, un top parc implanté par la gabonaise des loisirs avec 12 employés ayant bénéficié d’une formation dans ce domaine, pour le bonheur des enfants. Ce parc, est le deuxième après celui construit non loin de la station petro-Gabon et réalisé avec les fonds de la mairie. L’édile a également construit des marchés pour rendre le quotidien des commerçantes aisé. Le dernier marché non encore ouvert est celui d’Akournam. En réalité, Jeanne Mbagou applique un management inspiré de la décentralisation dans une commune où l’autonomie financière fait des envieux. Au moment où le Gabon célèbre la décennie de la femme, gageons que la femme Gabonaise trouvera en cette dynamique femme, mère et épouse, le modèle à suivre.

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