Le 3 septembre 2025, une réunion interministérielle s’est tenue sous l’égide du viceprésident du gouvernement, Hermann Immongault, pour « faire le point sur les difficultés rencontrées dans la collecte et le ramassage des déchets » dans le Grand Libreville. Ce n’est pas la première fois que le sujet est mis sur la table. Ce qui est nouveau, c’est l’urgence qui semble aujourd’hui prévaloir : l’insalubrité chronique de la capitale n’est plus un simple désagrément, elle est un problème systémique aux multiples ramifications – sanitaires, économiques, sociales et environnementales.
En tant que consultant en stratégie et organisation, je propose ici une lecture structurée de la salubrité publique, non pas comme un problème de moyens, mais comme un enjeu de gouvernance et d’organisation. Le Grand Libreville concentre une part croissante de la population gabonaise, mais les infrastructures et les services publics n’ont pas suivi cette urbanisation galopante. La collecte des déchets, qui devrait être un service public régulier et fiable, est devenue une loterie quotidienne. Les mairies, confrontées à des moyens insuffisants et à une absence de planification stratégique, peinent à répondre à la demande. Et les populations, livrées à elles-mêmes, recourent souvent à des solutions improvisées qui aggravent le problème : dépôts sauvages, brûlage à ciel ouvert, pollution des caniveaux et des eaux.
Un service public à (re)structurer en profondeur La gestion des déchets est, par essence, une mission de service public. Elle repose sur une chaîne logistique complexe : collecte, transport, traitement, valorisation ou enfouissement. Or, cette chaîne est aujourd’hui rompue à plusieurs niveaux. Le diagnostic :
• Une absence de coordination entre les acteurs publics (État, mairies, ministères, sociétés privées) et une multiplication des initiatives sans vision commune. • Des outils obsolètes – camions-bennes en nombre insuffisant, bennes de tri inexistantes, décharges non contrôlées. • Un financement structurellement insuffisant, qui ne permet pas d’assurer un service continu et de qualité. • Une absence de données fiables sur les volumes produits, les coûts réels, les circuits de collecte, ce qui empêche toute prise de décision éclairée. Les leviers d’action : • Élaborer une stratégie nationale de gestion des déchets, déclinée par région et par commune, avec des objectifs chiffrés et un calendrier de mise en œuvre. • Renforcer les capacités des mairies en matière d’ingénierie, de planification et de gestion contractuelle. • Mettre en place un système d’information géographique (SIG) pour cartographier les zones de collecte, les points noirs, les gisements de déchets, et optimiser les tournées. • Instaurer un système de financement pérenne (taxe d’enlèvement des ordures ménagères, redevances, partenariats public-privé) pour garantir la continuité du service. L’innovation comme levier de transformation La salubrité publique ne se résume pas à la collecte des déchets. C’est aussi une question de prévention, de sensibilisation et de valorisation. Le Gabon dispose d’un potentiel d’innovation important, encore largement inexploité. Quelques pistes concrètes : • Trier à la source : généraliser le tri sélectif dans les quartiers résidentiels, les écoles, les administrations, les grandes surfaces. • Valoriser les déchets organiques : créer des unités de compostage à l’échelle des quartiers ou des communes. • Favoriser l’économie circulaire : soutenir les entreprises de recyclage, de réparation et de transformation des déchets en ressources (plastique, verre, métaux, etc.). • Développer une filière de collecte et de traitement des déchets électroniques, en plein essor avec la digitalisation croissante du pays. • Lancer des programmes de formation pour les agents des mairies, les éboueurs, les jeunes en insertion, afin de créer des emplois locaux et durables dans le secteur de la gestion des déchets. La responsabilité partagée : une question de communication institutionnelle Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a déclaré qu’il « communiquerait davantage avec les populations ». Cette intention est louable, mais elle doit s’accompagner d’une véritable stratégie de communication institutionnelle : des messages clairs, des canaux adaptés, une pédagogie continue, des relais communautaires. Ce qu’il faut faire : • Lancer une campagne nationale de sensibilisation sur la salubrité publique, adaptée aux différents publics (scolaires, ménages, commerçants, transporteurs, etc.). • Mobiliser les réseaux sociaux, les radios communautaires, les affichages publics, pour toucher l’ensemble des citoyens. • Impliquer les leaders d’opinion, les associations, les chefs de quartier, pour faire relayer le message et renforcer l’appropriation locale. • Informer régulièrement sur les actions engagées, les résultats obtenus, les difficultés rencontrées, pour maintenir un lien de confiance avec les populations. 4. Une gouvernance locale à repenser La gestion des déchets est un enjeu de gouvernance locale. Elle repose sur des acteurs multiples : maires, services techniques, agents de collecte, entreprises, usagers. Leur coordination est essentielle, mais elle est aujourd’hui insuffisante. Les axes d’amélioration : • Clarifier les rôles et responsabilités entre l’État, les mairies et les opérateurs privés. • Mettre en place des contrats d’objectifs entre les communes et les opérateurs de collecte, avec des indicateurs de performance (fréquence, taux de couverture, qualité du service). • Instaurer un système de suivi-évaluation des politiques de salubrité, avec des rapports réguliers et des ajustements en temps réel. • Faciliter les mécanismes de participation citoyenne : comités de quartier, plateformes de signalement, budgets participatifs.
L’exemple d’une réussite possible D’autres pays africains ont su relever le défi de la salubrité publique, en s’appuyant sur des politiques cohérentes et des approches innovantes. Le Gabon a les ressources, les compétences, les partenaires. Il lui manque encore une vision stratégique, une mobilisation collective et une volonté politique durable. Le problème de la salubrité publique n’est pas une fatalité. C’est un défi d’organisation, de gouvernance et de responsabilité.
Il est temps que les politiques publiques en matière de salubrité soient pensées comme un véritable chantier d’organisation, de coordination et de responsabilité partagée. Arsène NGUEMA NDZIME Consultant en stratégie, organisation et communication institutionnelle. Il accompagne les organisations publiques et privées dans la structuration de leurs politiques, la modernisation de leurs services et la mise en place de dispositifs de communication institutionnelle efficaces. Fondateur de NG Stratégies & Communication Contact : +241 74 09 97 69
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