Le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural s’apprête à engager une vaste opération d’audit des administrations placées sous sa tutelle. Annoncée récemment par le ministre Pacôme Kossy, cette démarche vise notamment à examiner leur modèle économique, leur fonctionnement et leur capacité à assurer durablement leurs missions, dans un contexte marqué par des difficultés financières et des retards dans le paiement des salaires.
La décision du ministre intervient alors que plusieurs structures relevant de son département ministériel connaissent des difficultés sociales et financières. La situation de la Société d’Agriculture et d’Élevage du Gabon (SAEG), qui cumule quelque 700 millions de francs CFA d’impayés de salaires, illustre les fragilités auxquelles sont confrontées certaines administrations censées pourtant disposer d’une autonomie de gestion.
Au cours d’une séance d’échanges avec les agents de son ministère, Pacôme Kossy a annoncé des audits de la SAEG, de l’Agence du Développement Agricole du Gabon (ADAG), de l’Agropag, de l’Institut Gabonais d’Appui au Développement (IGAD), ainsi que des Zones agricoles à forte productivité (ZAP).
Au-delà du contrôle, un diagnostic économique
L’enjeu de ces audits ne devrait pas se limiter à établir un état des lieux administratif. Il s’agit surtout, selon les orientations annoncées par le ministre, de déterminer la viabilité économique de ces différentes structures et leur capacité à fonctionner conformément à leur vocation.
Une telle démarche pose une question centrale : combien coûtent réellement ces administrations à l’État et que produisent-elles en retour ?
Pour les pouvoirs publics, l’autonomie de gestion ne saurait en effet signifier une dépendance permanente aux subventions publiques. Les audits pourraient ainsi permettre d’identifier les structures disposant d’un véritable potentiel économique, celles nécessitant une profonde restructuration et celles dont le modèle de fonctionnement ne répond plus aux objectifs qui leur avaient été assignés.
Cette approche pourrait également conduire à une meilleure clarification des missions, des ressources et des responsabilités de chaque entité. Elle permettrait d’éviter les chevauchements de compétences, mais aussi de mesurer l’efficacité des investissements consentis par l’État dans le secteur agricole.
La question sociale au cœur des préoccupations
Derrière les chiffres et les modèles économiques se trouve toutefois une réalité humaine : celle des agents confrontés à des retards de salaires et à l’incertitude professionnelle.
Le cas de la SAEG est particulièrement révélateur. Le ministre a indiqué avoir saisi le ministère de l’Économie et des Finances afin de rechercher une solution à l’importante dette salariale accumulée par cette structure.
Cette situation pose la question de la responsabilité de l’État vis-à-vis des organismes placés sous sa tutelle. Si ces entités bénéficient d’une autonomie de gestion, leur fonctionnement demeure étroitement lié aux politiques publiques et aux orientations de l’État. L’audit devra donc permettre de distinguer les difficultés résultant d’un modèle économique défaillant de celles liées à la gouvernance, au financement ou à l’environnement institutionnel.
Restructurer plutôt que maintenir artificiellement
L’annonce selon laquelle certaines administrations pourraient disparaître si leur modèle économique s’avère non viable constitue sans doute l’un des aspects les plus significatifs de cette opération.
Elle traduit une volonté de rompre avec une logique consistant à maintenir indéfiniment des structures déficitaires grâce aux ressources publiques. Mais une éventuelle restructuration devra être menée avec méthode, en tenant compte à la fois des missions d’intérêt général, des investissements déjà réalisés et de la situation des personnels.
La disparition d’une structure ne devrait ainsi intervenir qu’au terme d’un diagnostic approfondi permettant de déterminer si son activité peut être réorientée, fusionnée, restructurée ou confiée à un autre opérateur.
Vers une nouvelle gouvernance du secteur agricole ?
À terme, ces audits pourraient constituer le point de départ d’une nouvelle organisation des administrations sous tutelle du ministère de l’Agriculture.
Le véritable enjeu sera donc de transformer les conclusions des auditeurs en décisions concrètes : réorganisation, rationalisation des dépenses, amélioration de la gouvernance, diversification des ressources ou, lorsque cela s’impose, suppression des structures dont la pertinence économique et institutionnelle n’est plus démontrée.
Pour le ministère, l’objectif affiché est clair : faire en sorte que les structures sous tutelle ne soient plus uniquement perçues comme des bénéficiaires de financements publics, mais comme de véritables instruments de développement agricole capables de produire des résultats mesurables.
Les prochains audits seront donc particulièrement scrutés. Ils pourraient ouvrir une nouvelle étape dans la gestion du secteur agricole gabonais, où la performance économique, l’efficacité administrative et la protection des travailleurs devront désormais être conciliées.
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