Le développement du Grand Libreville et la transformation de nos villes imposent parfois de libérer des emprises destinées à accueillir des infrastructures, des équipements publics ou de nouveaux projets urbains. Mais une question demeure : la méthode actuellement utilisée pour procéder aux déguerpissements est-elle véritablement la plus appropriée ?
Transformer une ville ne signifie pas seulement détruire l’existant pour construire du nouveau. C’est aussi savoir accompagner les populations concernées, expliquer les enjeux, anticiper les conséquences sociales et proposer des solutions acceptables. Derrière chaque habitation appelée à disparaître, il y a une famille, une histoire, des investissements et parfois plusieurs années de vie.
Il est donc indispensable de privilégier le dialogue avec les populations avant toute opération de déguerpissement. Les personnes concernées doivent être informées suffisamment tôt du projet, de ses objectifs, de son calendrier et des mesures d’accompagnement prévues.
La question du relogement doit également être placée au cœur de la démarche. Lorsqu’une famille doit quitter son habitation pour permettre la réalisation d’un projet d’intérêt général, elle doit savoir où elle ira vivre demain. De même, lorsque les conditions juridiques sont réunies, les mécanismes d’indemnisation doivent être clairement définis, transparents et effectivement appliqués.
Il faut surtout éviter la brutalité. Une opération d’aménagement urbain ne devrait pas être vécue comme une confrontation entre l’État et ses citoyens. L’autorité publique doit pouvoir faire respecter la loi tout en faisant preuve d’humanité, d’écoute et de responsabilité.
Mais une autre exigence est fondamentale : une fois les populations déplacées, les travaux doivent commencer rapidement. Il serait incompréhensible de déguerpir des familles, de détruire leurs habitations et de laisser ensuite les terrains à l’abandon pendant des mois, voire des années. Une telle situation nourrit l’incompréhension et le sentiment d’injustice.
Chaque déguerpissement doit donc être lié à un projet clairement identifié, financé, planifié et assorti d’un calendrier d’exécution. La libération d’une emprise ne doit pas constituer une fin en soi ; elle doit être la première étape d’une transformation effectivement visible.
La construction de la ville et sa transformation ne peuvent véritablement réussir que dans l’adhésion des populations. Il faut expliquer, écouter, rassurer et associer. Le développement urbain doit être perçu comme une amélioration du cadre de vie et non comme une menace pour ceux qui habitent les quartiers concernés.
Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a souvent placé la transformation du pays, la modernisation des infrastructures et l’amélioration des conditions de vie au cœur de son action. Il appartient désormais à tous ceux qui mettent en œuvre ces politiques de traduire cette vision dans les méthodes utilisées sur le terrain.
Ne tombons pas dans les erreurs d’hier. Tirons les leçons du passé pour mieux avancer.
Le Gabon a besoin de villes modernes, aménagées et adaptées aux exigences de son développement. Mais cette transformation doit se faire avec les Gabonais, dans le respect de leur dignité et de leurs préoccupations.
Transformer le Grand Libreville, oui. Mais transformer avec les populations, plutôt que contre elles. C’est à cette condition que les grands projets urbains pourront s’inscrire durablement dans la paix sociale et l’intérêt général.

