Ali Bongo sort du silence : trois ans après le 30 août 2023, l’ancien président livre sa part de vérité

Trois ans après les événements du 30 août 2023 qui ont mis fin à son règne de quatorze ans, l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba rompt le silence. Dans un entretien exclusif accordé à Info241, publié le 22 août, il revient longuement sur sa chute, ses relations avec le général Brice Clotaire Oligui Nguema, son état de santé, le rôle de son épouse Sylvia Bongo et de son fils Noureddin, ainsi que sur les violences postélectorales de 2016.
À travers cet entretien, l’ancien chef de l’État cherche à livrer sa propre lecture des événements qui ont marqué la fin de son pouvoir et à répondre aux nombreuses accusations formulées contre sa famille et son régime.
« Les Gabonais méritent de connaître la vérité »
Ali Bongo explique avoir choisi pendant trois ans de garder le silence avant de s’adresser directement aux Gabonais. Selon lui, beaucoup de choses ont été dites et écrites sur sa famille et sur ses quatorze années de pouvoir. Il estime désormais que le peuple gabonais « mérite de connaître la vérité ».
Revenant sur la journée du 30 août 2023, l’ancien président affirme avoir privilégié l’apaisement. Il assure avoir appelé au calme et soutient qu’il ne souhaitait pas qu’une seule vie gabonaise soit sacrifiée pour préserver son pouvoir.
Il évoque également sa relation avec Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’il présente comme un homme ayant servi son père, Omar Bongo Ondimba, avant de le servir lui-même. Cette proximité, dit-il, avait nourri sa confiance envers celui qui allait finalement conduire le changement de régime.
L’AVC de 2018 : Ali Bongo défend son exercice du pouvoir
L’ancien président revient également sur son accident vasculaire cérébral survenu en 2018. Il rejette les accusations selon lesquelles son état de santé l’aurait empêché d’exercer pleinement ses fonctions présidentielles.
Ali Bongo affirme que les décisions présidentielles sont toujours restées les siennes et réfute toute influence déterminante de son épouse ou de son fils dans la conduite de l’État. Il estime que ceux qui soutiennent le contraire confondent, selon lui, « les rumeurs et la réalité ».
Sylvia et Noureddin Bongo au cœur des accusations
L’ancien chef de l’État prend également la défense de son épouse Sylvia Bongo et de son fils Noureddin, dont les rôles au sein de l’ancien pouvoir ont fait l’objet de nombreuses critiques.
Il affirme que Sylvia Bongo n’exerçait aucune fonction publique et qu’elle consacrait son action à sa fondation, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’égalité et de la lutte contre les violences faites aux femmes.
Concernant Noureddin Bongo, il soutient que celui-ci exerçait les fonctions officielles pour lesquelles il avait été nommé, sous son autorité. Ali Bongo rejette ainsi l’image d’un « deuxième président » qui lui a parfois été attribuée.
Sur les procédures judiciaires visant des membres de sa famille, l’ancien président renvoie la responsabilité de l’établissement de la vérité aux juridictions compétentes.
Un bilan revendiqué, mais des regrets assumés
Après quatorze années à la tête du Gabon, Ali Bongo revendique certains résultats de son action, notamment les investissements dans les infrastructures, la protection des forêts et la valorisation de la biodiversité.
Il reconnaît toutefois que son pouvoir n’a pas permis de résoudre tous les problèmes du pays. Il admet notamment que certains dysfonctionnements systémiques auraient dû être traités plus rapidement et reconnaît ne pas avoir toujours choisi « les bonnes personnes ».
L’ancien président affirme par ailleurs comprendre les critiques formulées à l’égard de son bilan. Il cite notamment le coût de la vie, le chômage des jeunes et l’endettement public, autant de questions qui, selon lui, demeurent des défis pour le Gabon.
2016 : des regrets face aux violences postélectorales
La question des violences consécutives à l’élection présidentielle de 2016 occupe également une place importante dans l’entretien.
Ali Bongo présente ses condoléances aux familles des victimes et reconnaît que des vies gabonaises ont été perdues. S’il rappelle les attaques contre des bâtiments publics et la réaction de l’État, il reconnaît que la proportionnalité de la réponse demeure controversée.
Avec le recul, il affirme qu’il aurait souhaité davantage de dialogue afin d’éviter l’escalade des violences. Pour lui, « aucun pouvoir ne vaut une vie gabonaise ».
« Je ne me présenterai plus à des élections »
Sur son avenir politique, Ali Bongo se veut catégorique : il affirme qu’il ne sera plus candidat à une élection. Il considère cette étape de sa vie comme révolue.
L’ancien président indique néanmoins vouloir continuer à jouer un rôle politique en présidant le Parti démocratique gabonais (PDG) et en préparant, selon ses propres termes, « une nouvelle génération » politique. Il assure ensuite vouloir laisser la place aux plus jeunes.
Un retour au Gabon conditionné à la sécurité et à l’État de droit.
Depuis l’étranger, Ali Bongo affirme souhaiter revenir au Gabon. Il conditionne toutefois ce retour à la réunion de garanties de droit et de sécurité pour lui-même et sa famille.
Il se présente comme un ancien chef de l’État qui souhaite désormais tourner la page des mandats électifs tout en restant attaché à son pays.
Une main tendue sous condition
Interrogé sur une éventuelle collaboration avec Brice Clotaire Oligui Nguema, Ali Bongo déplace la question du terrain personnel vers celui des institutions. Il estime que la priorité doit être la construction d’un Gabon respectueux de l’État de droit et de la justice.
Son message final se veut également rassembleur. Il appelle les Gabonais à conserver leur foi dans leur pays et insiste sur la nécessité de préserver l’unité nationale.
Cet entretien constitue ainsi une prise de parole majeure de l’ancien président depuis son départ du pouvoir. À travers ses réponses, Ali Bongo tente de reprendre la parole sur son bilan, de défendre sa famille et de livrer sa propre version des événements qui ont conduit à la fin de son régime.
Pour les Gabonais, cette sortie médiatique intervient à quelques jours du troisième anniversaire du 30 août 2023 et ouvre à nouveau le débat sur les années Bongo, les événements de 2016 et la transition politique engagée depuis trois ans.



Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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