Il est à peine 8 heures au port Môle de Libreville. Pourtant, l’activité bat déjà son plein. Dans cet espace portuaire en pleine transformation, les voyageurs en partance pour Port-Gentil affluent par petits groupes. Certains viennent s’enregistrer, d’autres s’occupent de leurs bagages. L’ambiance est celle des grands jours de départ : agitation, conversations, retrouvailles improvisées et attente parfois fébrile.
Le rendez-vous pour l’enregistrement est fixé à 10 heures, pour un départ prévu à 12 h 30, sous réserve de contraintes liées notamment aux conditions de navigation ou à la marée. Pour les passagers, l’attente fait partie du voyage.
Une nouvelle porte maritime en chantier
Le port Môle, actuellement en travaux, affiche progressivement un nouveau visage. Le chantier traduit la volonté des autorités de moderniser cette infrastructure stratégique et de l’arrimer davantage aux standards internationaux.
Pour les usagers, l’enjeu dépasse cependant la modernisation des installations. Il s’agit surtout de rendre le voyage maritime plus confortable, plus fluide et plus accessible.
« On voit que le port est en travaux. Nous espérons que ces travaux vont véritablement améliorer les conditions d’accueil et d’embarquement », confie Pierre Koumba, billet en main.
À quelques mètres, les bagages s’accumulent. Certains voyageurs confient leurs effets aux agents chargés de les protéger. Ici, emballer une valise ou un sac coûte 500 francs CFA, une dépense supplémentaire qui s’ajoute au prix du billet.
L’attente avant l’embarquement
À l’approche de midi, les passagers gagnent progressivement la salle d’attente. Pour certains, celle-ci ressemble davantage à un espace provisoire qu’à un véritable lieu d’attente moderne.
Puis vient le moment de l’embarquement.
En file indienne, les voyageurs avancent vers le bateau. Dans le même temps, les passagers arrivés de Port-Gentil descendent. Le croisement des deux flux crée un mouvement permanent. Les premiers cherchent à récupérer leurs bagages et à quitter le port, tandis que les seconds s’apprêtent à prendre la mer.
« Le plus difficile, c’est parfois la gestion des bagages et l’attente. Mais une fois à bord, on pense surtout au voyage », témoigne Valérie Essono.
À bord : quatre heures au rythme de la mer
Une fois installé, le voyageur découvre un bateau organisé en deux compartiments, rapidement remplis par les passagers. La période de rentrée scolaire contribue certainement à cette forte affluence.
Les moteurs se mettent en marche. Libreville s’éloigne progressivement.
À bord, chacun trouve sa manière de passer le temps. Les téléphones portables sont omniprésents. Certains passagers consultent leurs écrans, d’autres regardent la télévision. Des groupes discutent à voix basse. Les familles restent regroupées.
De temps à autre, le calme est rompu par les pleurs d’un enfant qui cherche le réconfort dans les bras de sa mère.
« La traversée est longue, mais aujourd’hui, la mer n’est pas calme », raconte un passager, un peu inquiet, installé près d’une fenêtre.
Pendant plus de quatre heures, le bateau poursuit sa route sur les eaux gabonaises. La mer s’étend à perte de vue. À bord, le temps semble ralentir. Les conversations se font plus rares. Certains passagers somnolent, d’autres continuent de consulter leur téléphone ou de suivre la télévision.
Pour l’équipage, la priorité reste la sécurité et le confort des voyageurs.
« Nous veillons au bon déroulement de la traversée. Aujourd’hui, les conditions de mer sont difficiles et le voyage se fait dans des conditions particulières. Mais la mer reste la mer : nous devons toujours rester vigilants », explique un membre de l’équipage.
Port-Gentil en vue, la joie des retrouvailles
Après plusieurs heures de navigation, Port-Gentil apparaît enfin.
À l’approche du quai, l’atmosphère change. Les passagers se lèvent, récupèrent leurs effets et se préparent à descendre. La fatigue accumulée durant les quatre heures de traversée laisse rapidement place à l’impatience.
Puis vient l’arrivée.
Sur le quai, parents, amis et connaissances attendent les voyageurs. Les visages s’illuminent. Les sourires se multiplient. Les embrassades témoignent du soulagement et du bonheur de retrouver les siens.
« Après quatre heures de bateau, voir ma famille ici, ça fait oublier la fatigue », lance un voyageur, tout sourire.
La traversée s’est finalement déroulée sans incident majeur. La mer, relativement difficile au début, s’est progressivement calmée.
Le prix du billet, l’autre traversée
Mais derrière la satisfaction d’être arrivé à destination demeure une préoccupation : le coût du transport.
Le prix du billet, qui peut désormais atteindre 42 000 à 90 000 francs CFA selon les conditions et les catégories de voyage, pèse lourdement sur les budgets des familles. Pour ceux qui doivent effectuer un aller-retour, la facture devient particulièrement difficile à supporter.
« Le bateau est pratique, mais le prix est devenu un vrai problème. Pour une famille, faire l’aller-retour peut représenter une somme importante », regrette Célestin Mboudy.
Cette question du coût relance le débat sur le transport maritime public.
La CNII attendue, le rêve d’un bateau de l’État
Au terme de cette traversée, une interrogation revient dans les conversations : pourquoi ne pas disposer d’une véritable offre maritime publique permettant de proposer des tarifs plus accessibles aux populations ?
La CNII est notamment attendue sur ce terrain. Au-delà des infrastructures portuaires, les voyageurs souhaitent voir émerger une politique maritime capable de garantir à la fois sécurité, régularité, confort et accessibilité.
« Nous avons besoin d’un bateau qui appartienne à l’État ou d’un mécanisme qui permette de réduire les tarifs. Tout le monde ne peut pas payer ces montants », estime un autre passager.
La modernisation du port Môle constitue donc une première étape. Mais, pour les usagers, le véritable défi sera de faire de la liaison Libreville-Port-Gentil un service maritime moderne, fiable et surtout accessible au plus grand nombre.
Car, au-delà des quatre heures passées sur l’eau, la véritable traversée reste peut-être celle qui doit conduire le transport maritime gabonais vers une nouvelle ère.

