À l’heure du poulet « Made in Gabon », l’État gagnerait à miser davantage sur ses champions nationaux. Le Gabon veut tourner la page de sa forte dépendance aux importations de poulets de chair. À quelques mois de l’échéance fixée au 1er janvier 2027 pour l’arrêt des importations, le pays se trouve face à un défi majeur : être capable de produire suffisamment, régulièrement et à des prix accessibles pour répondre à la demande nationale.
Dans cette bataille pour la souveraineté alimentaire, certains acteurs n’arrivent pas sur le terrain en spectateurs. Ils y sont déjà. C’est notamment le cas de la Société Gabonaise de Développement Agricole (SOGADA), filiale du groupe HPO & Associés, qui s’est progressivement imposée comme un acteur important de l’agro-industrie gabonaise.
Créée en 2013, SOGADA a développé des activités dans l’élevage, la production d’œufs, la fabrication d’alvéoles et les services liés à la filière. Son modèle repose sur une logique d’intégration et de valorisation locale.
Un modèle gabonais qui mérite d’être consolidé
L’intérêt de SOGADA ne réside pas uniquement dans les volumes qu’elle peut produire. Il se trouve surtout dans la capacité d’un opérateur national à construire progressivement une chaîne de valeur agricole, à créer des emplois et à développer des compétences locales.
En 2023 déjà, l’entreprise disposait de plus d’une centaine d’emplois liés à son activité de fabrication d’alvéoles et ambitionnait d’étendre ses capacités. La même année, l’entreprise revendiquait une production importante d’œufs et appelait à un accompagnement plus conséquent des pouvoirs publics. C’est précisément cette expérience accumulée qui devrait interpeller les pouvoirs publics.
Car une politique de souveraineté alimentaire ne peut pas seulement consister à annoncer l’interdiction des importations. Elle doit aussi créer les conditions permettant aux producteurs nationaux de prendre durablement le relais.
Interdire les importations sans sécuriser la production locale serait prendre le risque de créer une pénurie ou une hausse excessive des prix.
À l’inverse, accompagner les opérateurs qui disposent déjà d’une expérience, d’infrastructures, de réseaux de distribution et d’un savoir-faire constitue une stratégie beaucoup plus cohérente.
L’État doit passer du discours à l’accompagnement
Le Gouvernement a déjà engagé d’importants moyens pour préparer la transformation de la filière. En mai 2026, cinq conventions d’investissement représentant plus de 775 milliards de FCFA ont été annoncées dans le cadre du Plan opérationnel d’urgence pour la filière avicole. L’objectif affiché est d’accroître fortement la production nationale et de réduire la dépendance aux importations.
Cette dynamique est positive. Mais elle pose également une question essentielle : quelle place pour les entreprises gabonaises qui ont déjà fait leurs preuves ?
La politique publique ne devrait pas opposer les nouveaux investisseurs aux opérateurs nationaux historiques. Elle devrait au contraire organiser leur complémentarité.
SOGADA pourrait ainsi bénéficier d’un accompagnement public ciblé : accès au financement, facilités fiscales et douanières pour les équipements, amélioration des infrastructures, accompagnement vétérinaire, sécurisation de l’alimentation animale, développement de couvoirs, accès aux intrants et soutien à la distribution.
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si l’État doit « aider » une entreprise privée. Il est de déterminer comment l’État peut soutenir un écosystème national capable de produire ce que les Gabonais consomment.
Le poulet gabonais doit devenir une filière industrielle
La réussite de la réforme dépendra d’une condition : considérer l’aviculture non plus comme une simple activité d’élevage, mais comme une véritable filière industrielle.
Du poussin à l’aliment de bétail, de l’élevage à l’abattage, de la transformation à la conservation et de la logistique à la distribution, chaque maillon doit être maîtrisé.
C’est justement cette logique d’intégration qui se retrouve dans les nouveaux projets avicoles soutenus par les pouvoirs publics. Le Gouvernement estime que les investissements engagés doivent permettre une montée en puissance de la production nationale dès 2026.
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