Nominations au Gabon : Quand la diplômite aiguë remplace l’évaluation des résultats.

À chaque Conseil des Ministres, le même scénario se répète sur les réseaux sociaux : à peine un décret publié, le débat public s’enflamme. Diplôme en main, les internautes jugent, disqualifient, et condamnent. Pour le journaliste essayiste Clay Martial Obame Akwe, le Gabon souffre d’une véritable « diplômite aiguë ».

Dans une tribune publiée ce lundi 29 juin 2026, l’auteur décrit une maladie qui se propage « à grande vitesse » dans le pays : la diplômite aiguë.

« Elle se manifeste chaque fois qu’un citoyen est nommé à un poste de responsabilité. Avant même qu’il n’ait le temps de prendre ses fonctions, les réseaux sociaux se transforment en tribunal de 1ère instance populaire », écrit-il.

Exemple récent : la nomination de Régis Massimba à la Direction Générale de Gabon Télévision. Aussitôt le décret paru, une « levée de boucliers s’est organisée ». Les faits ont cédé la place aux procès d’intention, et le diplôme est redevenu « l’unique étalon du mérite ».

Pour Clay Martial Obame Akwe, cette réaction traduit une méconnaissance du rôle du Chef de l’État. « Nommer à un poste stratégique ne consiste pas uniquement à aligner des diplômes sur un curriculum vitae ».

Selon lui, un dirigeant évalue aussi l’expérience, le leadership, la capacité à fédérer, la vision, la loyauté et les résultats. « Autant de qualités qu’aucun parchemin universitaire ne garantit à lui seul ».

Le diplôme reste « une reconnaissance académique respectable », mais il n’est qu’une « présomption de connaissances acquises à un moment donné ». La vraie compétence, dit-il, se mesure sur le terrain : dans la prise de décision, la gestion des équipes et la responsabilité.

L’essayiste rappelle que les pays les plus innovants ne sacralisent pas le titre. Aux États-Unis, « les talents, l’innovation et la capacité à produire des résultats priment souvent sur les titres académiques ».

Il cite les frères Wright, pionniers de l’aviation sans diplôme d’ingénieur, Thomas Edison, à la scolarité limitée, ou encore Steve Jobs et Bill Gates, qui ont quitté l’université avant de révolutionner le monde.

« L’intelligence pratique, l’intuition, la capacité d’adaptation, le courage de décider, l’aptitude à mobiliser les équipes et le talent ne se délivrent dans aucune université », souligne-t-il.

Au-delà du débat sur les CV, l’auteur dénonce une « force d’inertie ». De Matitis à Bolossoville en passant par Zolende et Afok- bidzi, dit-il, la critique systématique finit par décourager.

« Au lieu d’encourager ceux qui reçoivent une mission de servir l’État, certains préfèrent les fragiliser avant même qu’ils aient commencé à travailler. »

Pour lui, le Chef de l’État doit être jugé « sur les résultats de ses choix. Mais ces résultats ne peuvent être évalués qu’après l’action, jamais avant ». Une nomination, rappelle-t-il, « relève d’une responsabilité politique assumée ».

Le problème du Gabon n’est pas le manque de diplômes. « Il réside davantage dans la difficulté collective à reconnaître le talent lorsqu’il ne correspond pas à nos préjugés ».

« Un pays progresse lorsqu’il fait confiance à ses compétences, à ses résultats et à son mérite, pas lorsqu’il érige les réseaux sociaux en ministère parallèle des nominations », conclut Clay Martial Obame Akwe.

Photo : BLE.



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