7 ans d’usurpation au Palais de justice, le faux brigadier-chef vivait des « casiers express ».

L’affaire a éclaté comme un coup de tonnerre. Exaucé Mavoungou, présenté pendant 7 ans comme brigadier-chef de la sécurité pénitentiaire au Palais de justice de Libreville, n’était en réalité qu’un civil. Sans salaire de l’État, il a pourtant mené grand train depuis 2019. Comment ? En se créant son propre système de rémunération, bâti sur la détresse des usagers en quête de casier judiciaire. Révélations d’un circuit parallèle redoutablement efficace.

Exaucé Mavoungou n’a jamais attendu son mandatement. Il s’est installé au greffe correctionnel, nerf de la délivrance des extraits de casier judiciaire. Et il a monétisé l’urgence.

Tarif Estuaire : 5 000 FCFA par bulletin. 1 500 FCFA reversés au greffe pour « accélérer la signature ». Reste à empocher : 3 500 FCFA net par document.

Tarif intérieur du pays : 15 000 FCFA. Là, le bénéfice était intégral. Grâce à son uniforme et son faux statut, il obtenait gratuitement les pièces au Ministère de la Justice avant de les revendre.

Bilan selon les investigations : jusqu’à 10 000 FCFA de gain moyen par jour. De quoi vivre, investir, et passer inaperçu.

Son secret ? Le mimétisme parfait. Dès l’entrée du tribunal, certains agents abordent les justiciables pour proposer une « intermédiation rapide ». Mavoungou a reproduit le schéma scrupuleusement.

Il interceptait les demandes, récupérait les actes de naissance et l’argent, puis gérait les démarches. Intégration totale : il livrait même les casiers directement aux clients, en dehors de l’enceinte, dans les débits de boissons du quartier. Numéro de téléphone laissé, service « après-vente » assuré.

7 ans sans attirer l’attention de la hiérarchie ni des magistrats. Une preuve de porosité qui interroge.

L’argent du faux salaire ne restait pas en poche. Exaucé Mavoungou le réinjectait dans le commerce. Sources recoupées : des allers-retours réguliers sur la Route Nationale 1 pour acheter bananes plantains et gibier. Marchandises revendues ensuite aux commerçantes des marchés de Libreville.

De quoi entretenir l’image d’un homme autonome, et brouiller les pistes sur l’origine de ses revenus.

Paradoxe : l’imposteur « faisait bien son travail ». Aucun usager ne s’est plaint. Les documents sortaient, les justiciables étaient satisfaits. Sans faute professionnelle, il aurait pu poursuivre indéfiniment.

Sa chute vient d’ailleurs. Tentative de vol de chanvre indien dans les scellés de la formation spécialisée. Pris en flagrant délit, le faux brigadier-chef a vu son système s’effondrer. Le vol a agi comme un révélateur : derrière l’homme, une réalité institutionnelle bien plus sombre.

L’arrestation de Mavoungou met en lumière un problème de fond. Il n’est que « l’arbre qui cache la forêt ».

Chaque jour, des dizaines d’individus étrangers aux services judiciaires squattent les couloirs, la grande salle d’attente et les accès du Palais. Surnommés « démarcheurs », ils accostent les citoyens pour monnayer des services judiciaires. En toute impunité.

Cette affaire doit marquer le point de départ d’un assainissement global des couloirs du Palais de justice de Libreville.

L’histoire d’Exaucé Mavoungou pose une question simple : qui surveille les portes du temple de la justice ?

Source Presse Judiciaire.

 



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