« Projet de Loi de Finances 2026 , grandeur budgétaire, misère sociale et blanchiment d’ambition ». Par Jean Kevin Ngadi.

« Le Projet de Loi de Finances 2026 du Gabon affiche un chiffre qui force le respect , 5 633,8 milliards de francs CFA de dépenses prévues, soit plus du double du budget précédent. Jamais l’État n’avait prétendu dépenser autant. Le gouvernement parle d’un « budget de transformation nationale ».
Sur le papier, c’est une relance historique. Dans la réalité, c’est une architecture fragile, un édifice comptable imposant mais construit sur des bases sociales friables et des fondations financières poreuses. Car derrière la façade des chiffres triomphants, le PLF 2026 révèle deux dérives majeures , à savoir la concentration du pouvoir budgétaire dans les investissements, et la marginalisation du social.
En effet, près de 3 321 milliards de francs CFA, soit 59 % du budget total, sont consacrés aux investissements publics. C’est un record historique. Mais c’est aussi, paradoxalement, une source d’inquiétude. En théorie, cet investissement devrait soutenir la croissance, l’emploi et la modernisation. En pratique, il ouvre la plus large brèche pour les détournements, les surfacturations et les gré à gré.
La Banque mondiale et le FMI ont maintes fois souligné que dans la plupart des économies africaines, entre 25 % et 40 % des crédits d’investissement disparaissent dans les circuits opaques de la commande publique, surévaluation des projets, marchés fictifs, rétrocommissions, ou prestations jamais exécutées.
Appliqué à l’échelle du budget 2026, cela signifie que près de 1 000 milliards de francs CFA risquent de s’évaporer dans des circuits parallèles avant même d’avoir produit la moindre route, la moindre école ou le moindre hôpital. Ce risque est d’autant plus réel que le PLF 2026 repose sur une stratégie d’exécution centralisée, peu contrôlée, où la majorité des marchés publics restent susceptibles d’attribution directe. Autrement dit, ce que le gouvernement appelle “accélération des investissements” peut rapidement devenir accélération des détournements.
Cette hyperconcentration de la dépense dans les infrastructures physiques traduit la transformation de l’État en maître d’ouvrage général, mais non en protecteur des citoyens. Les ministères dits productifs tels que Travaux publics, Défense, Éducation, Santé, Agriculture captent ensemble les trois quarts de cette manne. Pourtant, les ministères sociaux, Affaires sociales, Famille, Emploi, Jeunesse, Sports tous réunis ne représentent pas plus de 0,35 % du budget total, soit environ 18 milliards de francs CFA.
C’est une misère budgétaire à l’échelle d’une nation, un chiffre dérisoire qui révèle l’absence de vision redistributive. En comparaison, la Défense seule obtient 220,5 milliards, dont 200 milliards d’investissements, presque autant que l’ensemble du système éducatif primaire et secondaire. L’État consacre donc douze fois plus à se protéger qu’à protéger les siens.
Si l’on se limite à l’apparence institutionnelle, le PLF 2026 mérite 8 sur 10 pour son ambition car il veut rattraper vingt ans de retard en une seule année. Mais cette audace s’effondre quand on considère les réalités de gestion, en l’absence de transparence, chaque franc d’investissement devient un franc à risque. Le score chute alors à 4 sur 10 pour la cohérence.
On ne bâtit pas une économie en béton, on la bâtit en confiance. Et le Gabon de 2026 risque de perdre l’une en cherchant à construire l’autre.
Cette disproportion s’accompagne d’un choc fiscal silencieux qui va frapper de plein fouet les ménages, les retraités et les petites entreprises. Le PLF 2026 introduit ou alourdit plus d’une dizaine de taxes, censées rapporter 420 milliards de francs CFA supplémentaires.
Parmi elles, nous avons la TVA portée à 18 %, la Contribution Foncière Unique (CFU) sur les propriétés bâties et non bâties, la Contribution spéciale de 9 % sur l’électricité, la Taxe environnementale sur les plastiques et minerais, la Patente révisée calculée sur le chiffre d’affaires (et non sur le bénéfice), et la facturation électronique obligatoire.
Derrière le discours modernisateur, c’est la classe moyenne et les pauvres qui financeront l’État. Une famille vivant avec 150 000 francs par mois verra sa facture d’électricité augmenter de 5 000 francs, ses loyers renchéris par la CFU, et ses denrées légèrement plus chères à cause de la TVA. Les petites entreprises paieront la patente même quand elles ne dégagent aucun profit. En clair, les 420 milliards attendus viendront du ventre de ceux qui ne mangent déjà pas à leur faim.
La conséquence est prévisible , hausse du coût de la vie, chute du pouvoir d’achat, réduction de l’emploi, et exaspération sociale. Dans un pays où près de 30 % des jeunes sont sans emploi, ces nouvelles taxes risquent d’alimenter un sentiment d’injustice fiscale. La rigueur technique du dispositif mérite 7 sur 10, mais sa dimension sociale n’obtient pas plus de 2 sur 10. L’État encadre mieux la fiscalité qu’il n’encadre la pauvreté.
Sur le plan sectoriel, l’inégalité est manifeste. L’Éducation nationale obtient 253,9 milliards, mais 98 % de ce montant concerne les murs, non les maîtres. L’Enseignement supérieur reçoit 152,7 milliards, dont 149,6 milliards pour les bâtiments. La Santé, elle, perçoit 205,1 milliards, dont 200 milliards pour les infrastructures.
Les enseignants, les médecins, les chercheurs, les personnels hospitaliers ne verront que des miettes. Les bourses, les salaires, les équipements, les médicaments, tout ce qui fait vivre ces institutions est relégué à l’arrière-plan. Ce budget n’élève pas les hommes, il élève les murs. Sur le plan matériel, ces choix valent 8 sur 10, mais sur le plan humain, 4 sur 10 tout au plus.
Le drame se confirme lorsqu’on observe la part allouée aux ministères chargés des familles, de la jeunesse et des affaires sociales , en effet à peine 0,4 % du budget, c’est-à-dire l’équivalent du coût d’un seul échangeur routier à Libreville.
Ce chiffre résume le paradoxe gabonais, on construit des ponts pour relier les quartiers, mais aucun pour relier les générations. L’État investit dans la circulation des véhicules, pas dans la circulation des idées ni des solidarités. Ce pan social obtient donc 2 sur 10, la note du désintérêt.
Sur le plan macroéconomique, le déficit colossal de 2 033 milliards, soit 36 % du budget total, ouvre la voie à de nouveaux emprunts. L’État prévoit de financer ce trou par des ressources pétrolières, des taxes nouvelles et des financements extérieurs.
Or, la volatilité des cours du brut, la faiblesse du recouvrement fiscal et la lenteur des investissements productifs rendent cette stratégie dangereuse. Le Gabon pourrait connaître une croissance comptable sans croissance réelle, celle qui enrichit les marchés publics mais appauvrit les ménages. Ce volet macroéconomique mérite 6 sur 10 pour l’audace, mais 3 sur 10 pour la soutenabilité.
Au-delà des chiffres, il faut comprendre le sens politique de ce budget. Le PLF 2026 n’est pas un instrument économique, c’est un instrument de légitimation. Il cherche à démontrer que l’État agit, construit, investit. Chaque chantier est un message.
Mais agir n’est pas toujours gouverner, et construire n’est pas toujours redistribuer. Ce budget veut convaincre plus qu’il ne veut servir. Il obtient 8 sur 10 pour sa cohérence stratégique, mais 2 sur 10 pour sa justice sociale. L’État se renforce, la société s’affaiblit.
Les conséquences concrètes seront tangibles, factures d’électricité plus lourdes, loyers en hausse, produits alimentaires plus chers, salaires inchangés, pensions dévaluées, chômage maintenu. Les classes moyennes glisseront vers la précarité, et les pauvres vers l’exclusion.
Ce budget, que l’on présente comme un levier de développement, risque de devenir une machine à appauvrir. Et si l’on tient compte du fait que jusqu’à 40 % des montants d’investissement pourraient être siphonnés par la corruption, alors le déficit réel du pays n’est plus budgétaire, il est moral.
Chers compatriotes, le Projet de Loi de Finances 2026 de notre beau pays le Gabon est une pyramide budgétaire, grandiose à la base, vide au sommet. Il est ambitieux sur le plan institutionnel, méthodique sur le plan fiscal, mais inhumain sur le plan social.
Sur une échelle de dix, il mérite 8 pour sa taille, 7 pour sa technique, 4 pour son humanité, et 2 pour sa justice. Sa moyenne générale, 5 sur 10, en dit long, c’est le score d’un État qui sait compter, mais ne sait plus écouter.
Le Gabon de 2026 risque donc d’être un pays de contrastes, riche en chantiers, pauvre en citoyens. Le gouvernement construira plus de routes qu’il ne créera d’emplois, plus de ponts qu’il ne restaurera d’espérances.
Et si les chiffres cachent mal les détournements, c’est parce qu’ils en sont désormais la couverture. Car dans ce budget, l’investissement n’est pas seulement une promesse de développement, il est aussi le plus grand risque de détournement. En multipliant les infrastructures sans multiplier les contrôles, le pouvoir a ouvert la plus vaste autoroute de l’histoire budgétaire du pays, celle du blanchiment d’ambition publique. »
Jean Kevin Ngadi, analyste politique engagé, lanceur d’alerte et observateur de la vie publique gabonaise.


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