Un Etat à blâmer pour son opacité et ses graves lenteurs administratives.
Le plateau spécial organisé, il y a peu, le 12 janvier 2026, par la chaîne publique de télévision Gabon 1ère, concernant la crise de l’éducation, minée par une grève générale des enseignants, a révélé un scandale en fin d’émission, quand le Directeur de la Solde a dévoilé qu’en 2025, son administration attendait du ministère de l’Education nationale, pas moins de six mille dossiers, en vue de leur mise en solde, mais n’en a reçu que 1300. Autant que ce responsable public a affirmé que, cette année 2026, au moins 3000 dossiers seraient attendus.
Ces informations ont révélé, pour ceux qui auront suivi l’émission de bout en bout, que les carences conduisant des dizaines de milliers d’enseignants et bien d’autres travailleurs publics, à servir l’Etat, sans salaire, parfois, pendant des décennies, ne proviennent pas de défauts ou carences budgétaires, mais des lenteurs administratives, qui frisent le blocage en règle, par certains responsables devenus tout-puissants, du fonctionnement régalien de l’Etat gabonais.
Et démonstration en a été faite par le tout nouveau Secrétaire général de l’Education nationale, nommé une dizaine de jours plus tôt, qui a mis sur la table de signature, des centaines de fiches bleues, retrouvées traînant dans le cabinet de son prédécesseur. Le déblocage de la situation ne serait venu que du déclenchement de la grève, par le syndicat SOS Education, que le nouveau Secrétaire général, ancien syndicaliste, a d’ailleurs félicité, en cours d’émission, pour son action…
Roitelets
En son temps, en 2007, rappelons que le président Omar Bongo avait dénoncé la force de « ces roitelets » qui faisaient et font la pluie et le beau temps au Gabon. Les décennies passent, mais le problème demeure le même : un système de précarisation de la population gabonaises par des gens assis dans des postes stratégiques, qui annihilent les politiques publiques impulsées par les plus hautes autorités de la République.
Sous cape, on vous souffle ainsi que l’ancien ministre du budget et des fonds publics, Henri-Claude Oyima, aurait refusé de poursuivre sa mission, contraint à la démission par ces forces d’inertie qui, sous prétexte de la fonction publique, lui ont refusé l’unicité des caisses de l’Etat (Douanes, Impôts, Cedoc, Marine Marchande, etc.), pour laquelle il se battait. Il aurait été reproché au PDG du Groupe BGFI Holding de vouloir imposer au secteur public, la rigueur empruntée au privé.
Nous parlons d’un système, parce que ce dernier traverse les âges, mais ne change pas. Cela fait scandale, quand le président de la République, ancien président du Comité pour la Transition et la Restauration des Institution (CTRI), tape le pied dans la fourmilière, en décidant de suspendre l’ensemble des responsables et cadres du ministère de la Fonction publique, non trouvés à l’heure à leurs postes et véritablement laxistes dans le traitement des dossiers d’intégration, de reclassement et autres, trouvés traînant en piles, à même le sol, dans les bureaux. On s’est alors plaint de la manière militaire que l’ancien président de la transition veut imposer au fonctionnement de l’Etat. Faut-il autre chose que cela ? Le militaire doit ressortir.
Les fonctionnaires au pas
La levée du drapeau, tous les lundis, ne peut pas devenir une simple formalité. Il faut mettre les fonctionnaires au pas. C’est, en tout cas, ce que la population attend du président Brice Clotaire Oligui Nguema, s’il veut faire briller le Gabon, un pays, tué à petit feu par ceux qui l’administrent, qui sont parfois plus puissants que les ministres. Des exemples en sont légion.
Tenez, plusieurs dossiers ont été intégrés par le taskforce à la dette intérieure et demeurent d’ailleurs sans solution, parce que les instructions du ministre du budget se heurtent aux pratiques de l’Agence judiciaire de l’Etat, qui ne veut rien régler. Ainsi des honoraires du liquidateur de la CFG, de plus d’un milliard de FCFA. Ce dernier, personne du 3e âge, malgré des décennies de combat, pourrait s’en aller, sans jamais percevoir son dû. Et ce n’est pas un cas isolé. D’autres partenaires de l’Etat ont dû accepter de revoir leurs factures à la baisse, sans, pour autant, être payés.
Il y a quelques semaines, un chef d’établissement supérieur d’enseignement privé a dû constater, après plusieurs mois d’attente, que les dossiers de l’engagement de l’Etat concernant les fonctionnaires mis en stages, parvenus au ministère du Budget, ont été renvoyés à la Fonction Publique, parce qu’il y manquait des timbres fiscaux. Une administration sérieuse, au lieu de les renvoyer à la source, aurait dû simplement convoquer un des responsables de la Fonction publique et, pourquoi pas les responsables des établissements concernés, de venir apposer lesdits timbres et faire ainsi avancer l’administration. Résultat, les vacations de nombreux enseignants restent impayées depuis des mois.
A la Direction de la dette viagère, c’est la croix et la bannière. Les retraités n’en peuvent plus. La réponse qui leur est servie, ce début 2026 est la suivante : tous les dossiers de 2025 issus des décisions du Conseil d’Etat, pour la liquidation des services rendus, n’ont pas encore été traités. Faire le déplacement, ce qui est le cas de certains, de l’intérieur du pays, pour recevoir une telle réponse, c’est comprendre que la notion de service public a foutu le camp.
Plusieurs décèdent ainsi, sans avoir jamais touché ce qui leur revient de droit, ayant préalablement attendu longtemps la décision du Conseil d’Etat, devenu également maître dans l’art de traîner les pieds. Des plaintes similaires viennent des retraités du secteur privé, eux aussi, écœurés par les lenteurs observées au niveau de la CNSS, malgré les changements de directions intervenus année après année.
Régime d’exception
Au final, l’Etat régalien ne fonctionne que très peu au Gabon. Ce qui est de mise, c’est la permanence du régime d’exception. Il faut la mise en place d’une taskforce, d’une commission spéciale ou une décision particulière du Chef de l’Etat, pour que les choses bougent : paiement des pensions, des rappels de solde, etc. Après une telle exception, l’Etat sombre de nouveau dans l’apathie, si aucun syndicat ne se lève, pour crier au scandale.
Que penser, dès lors, du serment que le président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement a fait récemment prêter aux membres de son Exécutif ? Un engagement à leur niveau. Mais cela doit se répercuter du sommet à la base des administrations publiques. Devenir fonctionnaire, c’est se mettre au service du peuple et pas se servir de son poste pour régner.
Les ministères devraient, dès lors, instituer des sessions régulières de passage en revue des dossiers, pour la transparence administrative dans le traitement de ces derniers. Sinon, chacun resterait libre de garder son travail dans les tiroirs. Et cela dure depuis si longtemps. Ce qui fit qu’en 2006, un postulant à la Fonction public ayant introduit un nouveau dossier, fut surpris que son ancienne demande ait été retrouvé dans les archives, avec la fiche bleue signée en 1989, par le ministre de l’époque, mais non contresignée par son Secrétaire général. La faute ne venait pas du patron, mais de ceux qui exécutent.
Ces gens-là, responsables de l’administration, font la pluie et le beau temps, en transforment l’Etat régalien en une arlésienne, dont ne voient le bout que certains privilégiés. Or l’Etat est constitué pour l’intérêt général et non pour s’instaurer en régime d’exception. De ce point de vue, le régime en place reste tapis dans l’ombre, toujours résolu à nuire, si les plus hautes autorités ne font rien pour lui tordre le coup.
Collaboration particulière de Fidel Biteghe, Journaliste.

