Éducation: l’école sacrifiée, la nation ajournée. De 1990 à aujourd’hui, chronique d’un immobilisme structurel. Par Edima Mavoungou Wilson.

« Le 30 août 2023 s’éloigne peu à peu dans la mémoire collective. L’événement avait suscité une attente immense, presque naïve : celle d’une rupture profonde avec un système à bout de souffle. Dix-huit mois plus tard, le constat demeure implacable.
Le Gabon a traversé des tempêtes politiques, connu des bourrasques institutionnelles, mais il n’a pas véritablement évolué. Le décor a changé, le fond est resté intact.
Certes, Libreville offre aujourd’hui un visage plus soigné. Le front de mer se modernise, certaines voies jadis oubliées ont été transformées, d’autres réhabilitées. L’infrastructure progresse, visible, photogénique, rassurante. Mais le Gabon se résume-t-il à des échangeurs, des overboards des trottoirs neufs et à des ronds-points embellis ? La question mérite d’être posée, tant l’écart entre l’apparence et la réalité sociale s’est creusé.
Il suffit de quitter la capitale, de dépasser la petite bourgade de Bifoun, pour retrouver ces tronçons de route qui ne dérangent personne. Mbigou, plus loin encore, semble hors du temps, comme si la République s’y arrêtait d’elle-même. Voilà le Gabon d’aujourd’hui : un pays à deux vitesses, où la modernité s’interrompt là où cessent les caméras.
La transition politique, présentée comme une parenthèse nécessaire, s’est refermée trop vite. Le pays s’est empressé d’en sortir sans avoir rebâti ses fondations. Pire : certains acteurs hier décriés comme des bourreaux ont été recyclés en figures fréquentables, parfois même sanctifiées au nom de la stabilité. Dans la Cinquième République naissante, les responsabilités passées ont été diluées, les comptes jamais réellement rendus.
Personne, en réalité, n’a voulu rebâtir la nation. Or, bâtir suppose une vision, des instructions claires, une hiérarchie des priorités. Sans cela, la gouvernance devient un exercice d’équilibrisme, et l’État un gestionnaire de façade.
C’est dans le secteur éducatif que cet échec apparaît avec le plus de brutalité. Depuis les années 1990, l’école gabonaise est en crise quasi permanente. Grèves à répétition, années académiques tronquées, enseignants démotivés, parents désabusés. Ceux qui ont vécu les années 1990, 1991, 1996 notamment — se souviennent de ces salles de classe désertées, de ces cahiers refermés trop tôt, de ces destins suspendus.
À l’époque déjà, les signaux étaient clairs. Et pourtant, aucune réforme structurelle n’a été menée à son terme. L’école, qui devait être l’ascenseur social, a été fragilisée, puis sabotée par une oligarchie plus soucieuse de reproduction sociale que de mérite. Peu à peu, la médiocratie s’est installée, normalisant l’exception et banalisant l’échec.
Je me souviens de ma mère, EDIMA Valentine. Femme modeste, qui n’avait aucun long stylo, mais d’une lucidité implacable. À moi, mes grands frères et mes sœurs, répétait inlassablement que nous n’avions qu’une seule issue pour exister : l’école. Rien d’autre. Pas de raccourci, pas de piston, pas d’illusion.
Ce discours, tenu dans de nombreux foyers gabonais, résume à lui seul le pacte social implicite entre l’État et les citoyens. En sacrifiant l’école, ce pacte a été rompu.
Le problème n’est pas une personne, mais un système, jusqu’à preuve du contraire
Il serait réducteur de personnaliser à outrance une crise aussi profonde. Le problème de l’école gabonaise n’est pas uniquement Camélia Ntoutoume Leclercq. Il est systémique. Elle en est cependant devenue l’incarnation politique.
Pour ma part, Ses prises de parole, parfois perçues comme condescendantes, l’épisode du « long crayon » en est un symbole ont achevé de rompre le lien de confiance avec les enseignants et les parents. Gouverner l’éducation exige de l’apaisement, de l’écoute et de la crédibilité.
Or, cette confiance est aujourd’hui rompue.
Le souvenir de la réhabilitation des bourses scolaires dans les collèges et lycées reste vif. Cette allocation de mérite, essentielle pour des milliers de familles modestes, n’avait pas trouvé auprès d’elle un soutien franc. Là encore, le signal envoyé était désastreux.
Mme la ministre a fait son temps. Elle a agi, sans doute avec conviction, mais elle a perdu ce que tout responsable public doit préserver : la confiance. Sa présence au gouvernement est désormais contre-productive. Elle entache, à tort ou à raison, la gouvernance du président de la République, en cristallisant une colère sociale qui ne demande qu’à s’exprimer.
L’éducation nationale gabonaise a besoin d’un souffle nouveau, d’un visage capable de rassembler plutôt que de diviser. Mme Ntoutoume pourrait, sans déshonneur, poursuivre son engagement dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, où son expérience trouverait une autre utilité.
La question demeure entière : que doit-on réellement faire ? Rebâtir l’école, donc la nation, ou accepter l’immobilisme maquillé en progrès ? Sans instructions claires, sans courage politique, sans rupture réelle avec les pratiques du passé, le Gabon continuera d’avancer sans avancer.
À bon entendeur, salut.


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