Je ne sais pas pourquoi les déviances de comportement ne choquent plus personne dans ce pays. Je constate à en avoir peur que les valeurs qui font de nous des hommes disparaissent avec une si grande aise, devant une indifférence si généralisée que la norme de vie communautaire s’en trouve viciée.
Je souhaite parler ce matin de l’assassinat du petit Cameron. Je suis à l’aise pour reconnaître l’ignominie de l’acte, la bestialité d’un homme qui enlève la vie à un innocent pour de l’argent. Je suis outré comme tout le monde, par cette pratique de prédation qui s’installe durablement dans ce pays au point d’imposer le crime de sang comme unique moyen d’ascension sociale. Parce que je suis un père, je suis un oncle, je suis un grand-père d’enfants de l’âge de Cameron et de ce fait je ne souhaite pas devoir gérer une telle douleur, subir contre mon gré et dans une surprise déchirante la découverte du corps sans vie de l’un d’entre eux dans un lieu infect. Je ne le souhaite même à personne.
Je me mets donc à la place des parents de Cameron et je crois que ce matin, j’aurais eu énormément besoin qu’on respecte mon deuil. Je n’aurais pas souhaité retrouver tout ce déballage inutile et agaçant, parfois insultant qui nourrit les réseaux sociaux et les débats politiques hypocrites.
Je trouve particulièrement indécent que des personnes qui se disent intelligentes à s’en convaincre utilisent la détresse d’une famille pour alimenter en likes et en vues leurs comptes monétisés sur les réseaux sociaux et en tirer profit. Je trouve scandaleux et plus que charognard que des hommes politiques utilisent l’horreur d’un bambin assassiné pour ouvrir des polémiques absurdes sur la gestion sécuritaire du pays, surtout quand on sait, surtout quand je peux affirmer sans aucun risque ni de me tromper ni d’être contredit qu’au moment où ils étaient aux affaires, les crimes rituels existaient déjà et qu’ils n’avaient pas pu eux-mêmes leur apporter la solution miracle dont leur soif d’exister nous bassine oreilles et yeux aujourd’hui. Quand allons ́nous comprendre qu’il existe en tout ce que nous faisons des limites que la morale et le confort du voisin, connu ou inconnu, nous imposent.
Quand allons-nous cesser d’être des charognards pour devenir enfin des hommes ?

