Il arrive un moment où une nation doit choisir entre la résignation et le sursaut. Pour le football gabonais, ce moment semble être arrivé. Après plusieurs années marquées par les difficultés, les frustrations et une impression persistante d’immobilisme, la volonté de redonner un nouvel élan à cette discipline populaire suscite enfin l’espoir. Mais, comme souvent lorsqu’une dynamique de changement se dessine, les résistances ne tardent pas à se manifester.
La Task force sur le football gabonais s’inscrit dans cette volonté de rupture avec les pratiques et les habitudes qui ont contribué à maintenir le football national dans une situation préoccupante. À la tête de cette initiative, Léon Ababé a conduit les travaux avec maestria, sens de l’organisation et à-propos. Son rôle de coordinateur mérite d’être salué, tant la conduite d’une réflexion sur l’avenir du football exige de la méthode, de la capacité d’écoute et une vision claire des enjeux.
L’objectif ne saurait être de condamner systématiquement les acteurs du passé, encore moins de régler des comptes personnels. Il s’agit plutôt de regarder la réalité en face, d’identifier les insuffisances et de proposer des solutions concrètes pour reconstruire un secteur qui occupe une place importante dans le cœur des Gabonais.
Sortir le football de sa longue léthargie
Pendant de nombreuses années, le football gabonais a donné le sentiment de tourner en rond. Malgré les talents, la passion des supporters et les ambitions de la jeunesse, les résultats et les conditions de développement n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes. Les difficultés structurelles, les interrogations sur la gouvernance, la formation, les infrastructures et l’encadrement des jeunes ont nourri une frustration grandissante.
Or, le football ne peut durablement vivre sur la seule réputation de ses anciennes gloires ni sur les souvenirs de ses exploits. Il doit se réinventer, investir dans la formation, structurer ses compétitions et offrir aux jeunes joueurs des perspectives réelles. Il doit également garantir une gestion rigoureuse, transparente et orientée vers la performance.
C’est dans cette perspective que la démarche de la Task force prend tout son sens. Elle ouvre un espace de réflexion et d’action qui doit permettre de dépasser les discours convenus pour s’attaquer aux problèmes de fond. Le mérite d’une telle initiative sera toutefois de se mesurer à ses résultats : des propositions pertinentes, des décisions suivies d’effets et des changements perceptibles sur le terrain.
Léon Ababé, la méthode au service du renouveau
La coordination d’une réflexion consacrée à l’avenir du football national n’est pas une tâche anodine. Elle suppose de rapprocher des intérêts parfois divergents, de faire émerger des priorités communes et de maintenir le cap malgré les critiques.
En dirigeant les travaux de la Task force avec maîtrise et à-propos, Léon Ababé a contribué à donner une visibilité à cette dynamique de réforme. Son action doit être appréciée à l’aune de sa capacité à organiser les échanges, à favoriser la recherche de solutions et à maintenir l’intérêt général au centre des discussions.
Il serait néanmoins prématuré de considérer que le chantier est achevé. La coordination des travaux constitue une étape importante, mais la transformation du football gabonais exigera de la continuité, du courage et une véritable volonté d’application. Les conclusions de la Task force devront se traduire en mesures concrètes, assorties de responsabilités clairement définies et d’un calendrier réaliste.
C’est à cette condition que l’initiative pourra dépasser le stade de l’exercice de concertation et devenir un véritable levier de transformation.
Les résistances au changement, un frein à l’avenir
Toute réforme dérange lorsqu’elle remet en question des habitudes établies, des intérêts particuliers ou des positions acquises. Le football gabonais n’échappe pas à cette réalité. Dès lors que des propositions de changement émergent, certaines voix s’élèvent, les controverses se multiplient et les débats risquent de s’éloigner de l’essentiel.
La critique est légitime dans une démocratie et indispensable à la qualité de toute réforme. Mais elle perd sa valeur lorsqu’elle se réduit à la polémique permanente, à la suspicion systématique ou à la volonté de discréditer toute initiative avant même d’en avoir évalué les résultats.
Ceux qui contestent la démarche de la Task force doivent donc avoir le courage de formuler des propositions alternatives, d’expliquer leurs désaccords et de contribuer à la recherche de solutions. On ne peut, d’un côté, dénoncer l’état du football national et, de l’autre, combattre toute tentative de transformation sans proposer de voie crédible pour sortir de l’impasse.
Le football gabonais n’appartient à aucun clan, à aucun cercle d’influence et à aucune génération d’acteurs. Il appartient aux joueurs, aux éducateurs, aux dirigeants, aux supporters et, plus largement, à tout un peuple qui aspire à retrouver la fierté de son équipe nationale et la vitalité de ses compétitions.
Il serait donc regrettable que des querelles de positionnement ou des intérêts particuliers prennent le dessus sur l’intérêt collectif. Le débat doit porter sur les solutions, les responsabilités et les résultats, plutôt que sur les personnes.
Paul Ulrich Kessany face à l’exigence des résultats
En affichant sa volonté de donner un nouveau souffle au football gabonais, le ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, engage une responsabilité importante. La relance de cette discipline ne peut se limiter à des déclarations d’intention. Elle exige une stratégie cohérente, des moyens adaptés et une capacité à faire appliquer les décisions retenues.
La Task force peut constituer un point de départ, à condition que ses conclusions soient examinées avec sérieux et que les mesures jugées pertinentes soient effectivement mises en œuvre. La réforme devra notamment s’intéresser à la formation des jeunes, à l’encadrement technique, aux infrastructures, à l’organisation des compétitions, à la gouvernance et à la transparence dans la gestion des ressources.
Le ministre devra également veiller à ce que les divergences ne paralysent pas le processus. Écouter les acteurs est nécessaire ; céder à toutes les pressions ne le serait pas. Une réforme réussie suppose du dialogue, mais aussi des arbitrages clairs et une détermination constante.
Le véritable test sera donc celui de l’action. Les Gabonais attendent des avancées mesurables, et non une succession de rencontres dont les conclusions resteraient sans lendemain.
L’intérêt du football avant les intérêts particuliers
L’heure n’est plus aux querelles stériles ni à la défense aveugle des positions acquises. Elle est à la responsabilité collective. La Task force sur le football gabonais doit être jugée sur la qualité de ses propositions et sur sa capacité à contribuer à un changement durable. Léon Ababé mérite que son travail de coordination soit évalué avec objectivité, tandis que les opposants à cette démarche doivent pouvoir faire entendre leurs arguments dans un débat constructif.
Mais une exigence doit s’imposer à tous : aucune ambition individuelle ne saurait être supérieure à l’avenir du football gabonais.
Le Gabon dispose de jeunes talents, d’une population passionnée et d’un potentiel qui ne demande qu’à être mieux exploité. Ce potentiel ne pourra cependant s’exprimer pleinement sans une gouvernance plus efficace, une organisation rigoureuse et une volonté commune de dépasser les blocages.
La Task force ne doit pas devenir un nouveau terrain de confrontation. Elle doit être l’occasion de tourner une page, de restaurer la confiance et de replacer le développement du football au centre des priorités.
Le football gabonais n’a pas besoin de gardiens de l’immobilisme, mais de bâtisseurs. Il n’a pas besoin de polémiques sans lendemain, mais de décisions courageuses. Et il n’a certainement pas besoin que des intérêts particuliers compromettent les espoirs de toute une jeunesse.
Le temps du sursaut a sonné. Il appartient désormais aux responsables, aux acteurs et aux amoureux du ballon rond de démontrer que le changement n’est pas seulement souhaitable : il est possible, nécessaire et urgent.

