Le nouveau cabinet dirigé par le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, effectue sa rentrée dans un contexte sous haute tension. Entre cure d’austérité budgétaire et forte attente sociale, la nouvelle équipe exécutive est attendue sur des résultats immédiats.
Trois chantiers majeurs s’imposent dès les premiers jours.
1. La méthode Immongault à l’épreuve de l’austéritéLa nomination d’Hermann Immongault comme numéro deux du gouvernement est perçue comme une volonté de reprise en main administrative. Ancien Ministre de l’Intérieur, réputé pour sa maîtrise des rouages de l’État, il est présenté comme le chef d’orchestre de cette équipe.Sa mission : imposer une discipline budgétaire et une obligation de résultats aux différents ministères, dans un contexte où le Gabon doit rassurer ses partenaires internationaux sur sa stabilité et sa gouvernance.
2. Le défi du pouvoir d’achat : l’équation budgétaireC’est le dossier le plus sensible. Le gouvernement doit concilier deux impératifs apparemment contradictoires. D’un côté, la rigueur. Le Ministre de l’Économie, Thierry Minko, pilote le programme d’assistance financière avec le Fonds Monétaire International (FMI) avec une marge de manœuvre étroite.
Le budget de l’État accuse une coupe historique de 862,9 milliards de FCFA par rapport aux prévisions initiales. De l’autre, le bouclier social. Le Ministre Délégué chargé de la Lutte contre la Vie Chère, Marc Abeghe, est chargé d’inventer des mécanismes d’allègement ciblés sur les produits de première nécessité – riz, huile, viande – sans faire dérailler les critères budgétaires imposés par les bailleurs de fonds.
L’équation est contrainte par quatre facteurs :La coupe budgétaire globale : -862,9 milliards de FCFA, qui oblige l’administration à rationaliser ses priorités.Le poids de la dette : Plus de 1 200 milliards de FCFA mobilisés cette année uniquement pour le remboursement de la dette publique, limitant les capacités d’investissement.
Le plafond des allègements fiscaux : Le budget alloué aux subventions des produits de première nécessité a été gelé à son niveau plancher. Chaque franc accordé pour stabiliser les prix doit être compensé par des économies sur le train de vie de l’État.
Le recul des recettes pétrolières : Une baisse de près de 12% en raison de la maturation des gisements et des quotas OPEP, qui accentue l’urgence de trouver de nouveaux relais de croissance pour les ministères des Mines et des Eaux et Forêts.
3. L’urgence des infrastructures critiques et la gestion des ressourcesDeux autres fronts majeurs attendent le gouvernement.Le front de l’eau et de l’énergie : Les délestages électriques et les pénuries d’eau constituent un risque d’instabilité majeur.
Le remplacement de Philippe Tonangoye par Olivier Mouckocko au Ministère de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie est analysé comme un recours à la technocratie. Ancien cadre du secteur industriel privé, le nouveau Ministre hérite du dossier sensible de la SEEG et doit piloter l’injection de capitaux dans le réseau tout en stabilisant l’approvisionnement urbain, dans un contexte de réduction des subventions.
Le front environnemental et forestier : En séparant le Ministère de l’Environnement et du Climat de celui des Eaux et Forêts, le Chef de l’État crée deux couloirs d’action distincts.
Sur le front international, Stephen Olouna Mouba (Environnement) doit accélérer la monétisation des efforts de conservation via les crédits carbone pour compenser la baisse des recettes pétrolières.
Sur le front intérieur, le Général Maurice Ntossui Allogho (Eaux et Forêts) doit gérer la crise du conflit homme-faune, les ravages des éléphants dans les plantations de l’intérieur du pays alimentant une colère rurale.Au final, le pouvoir fait le pari de l’efficacité sectorielle pour répondre à l’impatience sociale.
Confiant la vie chère et l’économie à des profils techniques, il lie l’équilibre politique à la réussite économique. Pour ce gouvernement, l’évaluation se fera au quotidien, dans le vécu et le portefeuille des Gabonais.
Sourcee Jean Frederic Ndong Ondo

