Lancée en grande pompe le 24 mars 2026, la réforme du permis de conduire biométrique — portée par le tandem Rengus Digital et l’ANINF — promettait de moderniser les transports gabonais. Six mois plus tard, face au chaos, le ministère des Transports a dû décréter une suspension d’urgence. Ce fiasco méthodologique met en lumière cinq fautes majeures d’un État qui a confondu vitesse et précipitation.
« 1. L’ASPHYXIE LOGISTIQUE
Si l’enrôlement a fonctionné à Libreville, la distribution a totalement sombré. Près de 7 000 permis imprimés dorment au Centre national d’édition, incapables de parvenir à leurs bénéficiaires.
Ce goulot d’étranglement a paralysé la chaîne, prouvant l’impréparation totale des infrastructures de délivrance.
2. LA STRATÉGIE DE LA PEUR
Le caractère comminatoire de la mesure — menaçant d’invalider brutalement l’ancien « papier rose » sans transition souple — a provoqué une panique générale. Pris de court par les contrôles policiers, les automobilistes ont assiégé les centres, créant des tensions et un stress collectif totalement évitables.
3. LE PÉCHÉ DE L’AMATEURISME
Vouloir basculer tout un pays du jour au lendemain sans phase pilote sur une commune témoin relève de l’aveuglement.
L’absence de tests grandeur nature a empêché d’anticiper les frictions techniques, transformant la réforme en un véritable parcours du combattant.
4. LE RENONCEMENT RÉGALIEN
Confier la collecte des données personnelles à des prestataires privés lèse gravement la souveraineté nationale. Pour garantir la sécurité, l’État aurait dû imposer l’expertise du Centre de documentation, garant historique de la sécurisation des titres sensibles.
5. LE HOLD-UP DU PAIEMENT PRIVÉ
L’exclusivité accordée à des opérateurs comme Airtel Money pour percevoir les taxes étatiques est une anomalie. Le Gabon devait s’inspirer de la Côte d’Ivoire (TrésorPay / TrésorMoney), où le Trésor public gère directement ses flux financiers pour rassurer le citoyen.
CONCLUSION
La suspension de septembre 2026 est un aveu d’échec cuisant.
La numérisation ne se décrète pas à coups de slogans : elle exige une logistique infaillible, une protection stricte des données et le respect absolu de la souveraineté publique. »

