Fonction Publique : Quand l’État renvoie la faute aux victimes.

Alors que la colère gronde parmi les jeunes diplômés gabonais en quête d’emploi, la récente communication du ministère de la Fonction publique suscite l’indignation. Loin d’apporter des réponses, elle est perçue comme une tentative de culpabilisation d’une génération qui se sent abandonnée.

La question de l’insertion professionnelle des jeunes n’est plus une simple affaire de dossiers administratifs au Gabon. Elle s’est imposée comme un sujet de société majeur, révélateur d’une crise profonde entre l’État et sa jeunesse diplômée.

Depuis plusieurs semaines, la mobilisation s’amplifie sur les réseaux sociaux. Des centaines de jeunes, diplômes en main, dénoncent des années d’attente et un silence institutionnel assourdissant. Une frustration qui, selon de nombreux observateurs, traduit un sentiment d’abandon largement partagé.

Dans ce contexte tendu, la sortie du ministère de la Fonction publique a été jugée maladroite. En évoquant l’inadéquation entre certaines formations et les besoins actuels de l’administration pour justifier les difficultés d’intégration, le ministère a donné l’impression de snober les cursus et de rejeter la responsabilité sur les demandeurs d’emploi eux-mêmes.

« Expliquer les difficultés d’insertion ne doit jamais revenir à culpabiliser ceux qui en sont les premières victimes », s’indigne un responsable du Collectif MNVG. Une posture jugée « difficilement recevable » et qui risque d’alimenter davantage l’incompréhension.

Si l’argument de l’inadéquation des formations est recevable, encore faut-il y apporter une réponse publique cohérente, estiment les acteurs de la société civile.

Au lieu de renvoyer les jeunes chez eux, l’État est attendu sur des solutions concrètes : mise en place de formations complémentaires, programmes de mise à niveau, et parcours de réorientation vers les secteurs porteurs. Des mécanismes qui permettraient d’adapter les compétences déjà acquises aux réalités du marché du travail et aux évolutions de l’administration.

« Une politique publique responsable ne condamne pas une génération pour les insuffisances de la planification. Elle l’accompagne », rappelle un spécialiste des politiques d’emploi.

Le paradoxe est particulièrement criant pour les lauréats de la formation unique des douaniers de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC).

Formés spécifiquement pour intégrer les régies financières, avec une expertise directement opérationnelle, ces jeunes professionnels restent pourtant sans affectation. Une situation d’autant plus incompréhensible que des recrutements continuent d’être opérés dans les mêmes administrations, dans une opacité qui nourrit colère et soupçons de favoritisme.

Au-delà du cas des douaniers, c’est l’image même de la Fonction publique qui est en jeu. Institution régalienne par essence, elle se doit d’incarner la rigueur, la neutralité et la discrétion.

Transformer la gestion de dossiers individuels en polémique sur les réseaux sociaux est un dangereux précédent. Car derrière chaque matricule, chaque dossier en attente, il y a des vies, des familles et une jeunesse qui refuse d’être sacrifiée.

La balle est désormais dans le camp de l’État. Il ne lui est plus demandé de chercher des coupables parmi les diplômés qu’il a lui-même formés, mais bien de corriger ses erreurs de planification et d’assumer pleinement ses responsabilités.

Source JFNO.




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