Gabon-Transport Maritime: ces prix qui ont flambé avec la Covid-19 et qui ne sont jamais vraiment redescendus

Il y a les prix des produits alimentaires, ceux des matériaux de construction, des services et désormais celui des déplacements. Depuis la crise de la Covid-19, une impression s’est durablement installée chez de nombreux Gabonais : les prix ont augmenté avec la crise, mais n’ont jamais réellement retrouvé leur niveau d’avant-pandémie.

La liaison maritime entre Libreville et Port-Gentil constitue l’une des illustrations les plus parlantes de cette situation.

Avant la pandémie, le billet sur cette liaison était annoncé autour de 25 000 FCFA. En 2024, le tarif de certaines compagnies est passé à 42 000 FCFA en classe économique, après une hausse de 35 000 à 42 000 FCFA.

En septembre 2025, des médias gabonais rapportaient encore un tarif de 42 000 FCFA pour un aller simple, soit environ 84 000 FCFA pour un aller-retour.

Le constat est brutal : pour une famille, un étudiant, un fonctionnaire ou un petit commerçant, rejoindre la capitale économique depuis Libreville ou l’inverse peut représenter une dépense considérable.

De 25 000 à 42 000 FCFA : une hausse devenue presque normale

Le problème n’est pas seulement celui du montant du billet. Il est aussi celui de la durée pendant laquelle la hausse s’est installée.

La crise sanitaire avait bouleversé le secteur du transport. Restrictions de déplacement, baisse du trafic, contraintes sanitaires, augmentation des coûts d’exploitation : les opérateurs avaient de solides arguments pour justifier certaines augmentations.

Mais une question demeure aujourd’hui : à quel moment les tarifs doivent-ils redescendre lorsque les circonstances exceptionnelles disparaissent ?

C’est précisément cette interrogation qui nourrit l’incompréhension des usagers.

En mars 2022, alors que les restrictions liées à la Covid-19 avaient été largement levées, le billet sur la liaison Port-Gentil–Libreville était toujours rapporté à 35 000 FCFA, avec des usagers s’interrogeant déjà sur l’absence de baisse.

Deux ans plus tard, le tarif atteignait 42 000 FCFA.

La crise était temporaire. Le nouveau prix, lui, semble être devenu structurel.

Port-Gentil, une ville presque prisonnière de sa géographie

Cette question prend une dimension particulière pour Port-Gentil.

La capitale économique du Gabon n’est pas reliée à Libreville par une route terrestre directe praticable comme les autres grands axes du pays. Le transport maritime constitue donc une solution essentielle pour les populations et les activités économiques.

Autrement dit, pour une partie des habitants de Port-Gentil, le bateau n’est pas un produit de confort : c’est un moyen de mobilité indispensable.

Familles, étudiants, commerçants, travailleurs, malades, fonctionnaires ou simples voyageurs doivent composer avec cette réalité.

Lorsque le prix du billet augmente, ce n’est donc pas uniquement le coût d’un voyage qui augmente. C’est le coût de l’accès à l’autre partie du pays.

Et il n’y a pas que le billet

À la facture du transporteur s’ajoutent parfois les bagages.

En juillet 2026, une hausse du tarif des excédents de bagages a provoqué de nouvelles protestations sur la liaison Port-Gentil–Libreville. Chez certains opérateurs, le prix est passé de 1 000 à 2 000 FCFA le kilogramme.

Pour un commerçant transportant plusieurs dizaines de kilogrammes de marchandises, l’addition devient rapidement importante.

Un simple voyage peut ainsi se transformer en une opération financière lourde : billet aller, billet retour, bagages, transport jusqu’au port, restauration et autres dépenses.

Le transport maritime finit alors par peser directement sur le prix des marchandises et, par ricochet, sur le pouvoir d’achat des ménages.

Le paradoxe d’une liaison stratégique

Le paradoxe est d’autant plus frappant que les pouvoirs publics reconnaissent le caractère stratégique de cette liaison.

En février 2026, le ministère des Transports a annoncé la mise à disposition de l’Elobey VI, un nouveau navire destiné notamment à renforcer les liaisons entre Libreville et Port-Gentil et à faciliter le transport des passagers et des marchandises.

Cette évolution peut contribuer à améliorer l’offre.

Mais elle pose une question fondamentale : le renforcement de l’offre permettra-t-il aussi de rendre le transport plus accessible financièrement ?

Car une meilleure mobilité ne se mesure pas seulement au nombre de bateaux disponibles ou à la fréquence des rotations. Elle se mesure aussi à la capacité des citoyens à payer le voyage.

La concurrence peut-elle faire baisser les prix ?

La présence de plusieurs opérateurs sur la liaison devrait, en théorie, favoriser la concurrence et permettre aux usagers de bénéficier de tarifs plus avantageux.

Dans les faits, les tarifs peuvent rester élevés en raison des coûts d’exploitation : carburant, entretien des navires, assurances, salaires, sécurité maritime, frais portuaires, pièces détachées et autres charges.

NGV Gabon avait d’ailleurs annoncé en mai 2024 une baisse de sa grille tarifaire, présentée comme une contribution à la lutte contre la vie chère, malgré les difficultés liées au coût d’exploitation.

Cette baisse montre qu’une marge de manœuvre peut parfois exister.

Dès lors, une interrogation mérite d’être posée : comment parvenir à un équilibre entre la viabilité économique des opérateurs et l’accessibilité du transport pour les populations ?

Le transport maritime, un sujet de politique sociale

La question ne devrait plus être considérée uniquement comme une affaire commerciale entre compagnies et voyageurs.

Elle touche directement à la politique de lutte contre la vie chère.

Un billet à 42 000 FCFA n’a pas le même impact sur un ménage gagnant plusieurs centaines de milliers de francs que sur une famille aux revenus modestes.

Et lorsque plusieurs membres d’une même famille doivent voyager, la facture devient rapidement dissuasive.

La mobilité devient alors un privilège plutôt qu’un droit pratiquement accessible.

Cette situation peut également freiner les échanges économiques entre Libreville et Port-Gentil. Un commerçant qui doit supporter un coût de transport élevé répercute nécessairement une partie de cette charge sur ses prix. Le consommateur final paie donc une deuxième fois : d’abord son déplacement, ensuite le coût du transport intégré au prix des marchandises.

Pourquoi les prix montent-ils si facilement, mais redescendent-ils si difficilement ?

C’est finalement la grande question que pose la situation actuelle.

Lorsqu’une crise survient, les opérateurs expliquent les hausses par l’augmentation de leurs charges. C’est compréhensible.

Mais lorsque les conditions économiques évoluent favorablement, les consommateurs attendent légitimement que les baisses de coûts soient également répercutées.

La hausse semble parfois immédiate, tandis que la baisse devient exceptionnelle.

Cette asymétrie nourrit la défiance.

Elle donne aux populations le sentiment que la « vie chère » n’est plus une conséquence temporaire des crises, mais une nouvelle structure de l’économie.

Le chantier du pouvoir d’achat

Le Gabon est aujourd’hui engagé dans une politique de construction et de modernisation de ses infrastructures.

Mais la réussite de cette politique ne pourra pas être appréciée uniquement au nombre de routes, de bâtiments, de ports ou de navires mis en service.

Elle devra aussi être mesurée à travers une question beaucoup plus simple :

Combien coûte désormais la vie quotidienne d’un Gabonais ?

Pouvoir se déplacer entre Libreville et Port-Gentil, envoyer un colis, transporter une marchandise, aller voir sa famille ou se rendre à un rendez-vous professionnel ne devrait pas devenir une dépense exceptionnelle.

Le véritable enjeu est donc de parvenir à réconcilier modernisation des infrastructures et accessibilité des services.

Car un nouveau bateau est une infrastructure.

Mais un bateau que les populations ne peuvent pas se permettre d’emprunter régulièrement ne résout qu’une partie du problème.

Le prix d’un voyage, le prix d’une politique

La liaison Libreville–Port-Gentil est finalement devenue un symbole.

Elle résume une partie des contradictions de la situation actuelle : le pays investit, construit, modernise, mais une partie des citoyens continue de ressentir fortement la pression du coût de la vie.

Le développement ne peut pas seulement être visible dans les infrastructures.

Il doit également être perceptible dans le portefeuille.

Et sur la liaison Libreville–Port-Gentil, la question demeure entière : combien faudra-t-il encore payer pour voyager entre les deux principales villes du pays avant que le transport maritime redevienne financièrement accessible au plus grand nombre ?





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Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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