« Bâtisseur d’infrastructures, bâtisseur de nation : et si la même rigueur s’étendait à l’agriculture, à la santé et à l’éducation ? » Par Arsène NGUEMA NDZIME

Depuis son accession à la magistrature suprême, le Président de la République a inscrit son action dans une dynamique de transformation visible et concrète. Routes, immeubles publics, voiries urbaines, grands chantiers structurants – le Gabon a connu, sous son impulsion, une véritable métamorphose de son paysage physique. Le Chef de l’État s’est affirmé comme un bâtisseur, un homme d’action qui transforme le territoire par le béton et l’acier.

Cette énergie, cette rigueur, cette exigence de résultat sont des marques de fabrique. Elles ont redonné au Gabon une image de pays qui avance, qui construit, qui modernise son visage. Mais une nation ne se résume pas à ses infrastructures. Elle est aussi faite de ses hommes, de ses femmes, de sa jeunesse, de sa santé, de son éducation et de sa capacité à nourrir sa population. La question qui se pose aujourd’hui, avec une légitimité croissante, est la suivante : la même détermination, la même exigence de résultat, pourrait-elle être appliquée à des secteurs tout aussi stratégiques ?

Agriculture : le potentiel inexploité d’un pays qui importe encore l’essentiel de ce qu’il consomme Le Gabon importe 80 % de ses produits alimentaires, une dépendance qui coûte plus de 450 milliards de FCFA par an à l’État. . Pourtant, le secteur agricole ne pèse qu’environ 2 % du PIB. Des exemples de réussite existent. Dans la province du Woleu-Ntem, le Programme GRAINE a permis à des coopératives agricoles de produire localement du manioc, de la banane et d’autres cultures vivrières. Des coopératives comme Aisodega (Adzabikat) ont déjà écoulé des tonnes de production localement. Des acheteurs, y compris venant de Libreville, se déplacent désormais sur les sites de vente pour se procurer des produits locaux.

Ce qu’il faut faire : • Créer des zones agricoles intégrées dans les 9 provinces – des « pôles de souveraineté alimentaire » – avec des infrastructures de stockage, de transformation et de commercialisation (silos, chambres froides, unités de transformation). Le gouvernement a d’ailleurs créé un fonds spécial de 25 milliards de FCFA au sein de la BCEG pour soutenir agriculteurs et éleveurs. • Faciliter l’accès au foncier pour les jeunes agriculteurs : 30 % des terres agricoles disponibles pourraient être réservées aux jeunes sous condition de formation et de plan d’affaires. • Soutenir les coopératives agricoles : renforcer leurs capacités techniques et de gestion, et les mettre en relation directe avec les grandes surfaces et les hôtels. • Lancer une grande campagne nationale de promotion du « manger gabonais » dans les écoles, les administrations et les cantines publiques.

Santé : des hôpitaux modernes, mais une prise en charge qui reste insuffisante pour les populations rurales. Le Gabon dispose d’infrastructures hospitalières de qualité dans les grandes villes. Mais dans les zones rurales, l’accès aux soins reste un parcours du combattant. Une forte concentration des médecins est observée à Libreville, tandis que certaines zones rurales ne disposent essentiellement que d’infirmiers ou d’agents de santé communautaires. Le Gabon compte 61 maternités publiques, dont la prise en charge des patientes, notamment pour les cas urgents, reste « peu satisfaisante » selon les autorités sanitaires. Des constats partagés : Lors d’une tournée de la Première dame à Koulamoutou, Lastoursville et Iboundji, il a été constaté des conditions d’accouchement « inacceptables » dans certaines zones, avec une absence de matériel de base et un manque de personnel. Ce qu’il faut faire :

• Déployer des unités mobiles de santé dans les zones rurales et enclavées, équipées de médecins, d’infirmiers et de pharmaciens. • Renforcer les centres de santé ruraux en médicaments essentiels, en matériel d’urgence et en personnels qualifiés (infirmiers, sages-femmes). • Généraliser la télémédecine dans les 9 provinces. Des solutions comme l’application HOSTO, lancée en 2022, permettent déjà les téléconsultations et l’achat de médicaments à distance . Une généralisation de cet outil pourrait rapprocher les soins des zones enclavées. • Créer un service public d’ambulances avec des véhicules adaptés aux pistes et aux routes difficiles – pour qu’aucun Gabonais ne meure faute d’avoir pu être transporté à temps vers un centre de soins. • Former 500 nouveaux médecins et 1 000 infirmiers d’ici 2030 avec un programme de bourses d’études en médecine, à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Éducation : former les Gabonais aux métiers de demain L’école gabonaise est confrontée à des défis structurels : manque d’enseignants qualifiés, taux élevé de déperdition scolaire, et surtout un décalage croissant entre les formations dispensées et les besoins réels du marché du travail. Un constat marquant : L’ENEC 2024 (Enquête nationale sur l’emploi et le chômage) révèle que le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans atteint 34,5 %, tandis que les femmes sont au chômage à hauteur de 21,4 %. Près d’un Gabonais en âge de travailler sur deux n’est pas présent sur le marché du travail. Le diplôme supérieur ouvre les portes du secteur formel, mais ne garantit pas toujours un emploi. À cela s’ajoute une inadéquation entre les formations et les besoins du marché, ce qui contribue au chômage élevé des jeunes, diplômés mais sans qualifications techniques recherchées par les entreprises. Des initiatives positives : Des programmes de formation professionnelle certifiante, comme celui mené par Ma Bannière et AGL, ont permis à 60 jeunes d’obtenir des certifications en chaudronnerie, soudure et mécanique automobile. Le Centre de formation et de perfectionnement professionnel de Makokou, modernisé avec l’appui de la Banque africaine de développement, offre désormais des formations techniques adaptées aux besoins des entreprises. Ce qu’il faut faire :

• Réformer les programmes scolaires pour les rendre adaptés aux métiers d’avenir (digital, énergie, logistique, agro-industrie). • Généraliser l’enseignement des langues étrangères (anglais, espagnol) et des compétences numériques dès le primaire. • Lancer un grand programme de construction et de réhabilitation d’écoles dans les zones rurales et périurbaines. • Valoriser la formation professionnelle et technique : doubler le budget des centres de formation professionnelle, créer un statut de « maître d’apprentissage », et encourager les entreprises à s’impliquer. • Créer un fonds national de soutien à l’excellence pour les élèves méritants des zones rurales (bourses, cantines scolaires, fournitures).

Élargir la vision : le Gabon a besoin d’une « dynamique d’infrastructure humaine » La même énergie qui a permis de bitumer des milliers de kilomètres de routes peut permettre de former des milliers de jeunes, de nourrir des millions de Gabonais et de soigner des centaines de milliers de patients. Ce n’est pas un choix entre infrastructures et secteurs sociaux – c’est un choix de vision globale.

Trois autres secteurs doivent également bénéficier de cette dynamique : • Le numérique et l’innovation : Le Gabon peut devenir un hub technologique en Afrique centrale, avec des incubateurs, des formations aux métiers du digital, et un soutien aux start-ups locales. • Le logement social : Face à l’explosion démographique et à l’urbanisation rapide, le Gabon doit produire des logements décents pour les familles à revenus modestes. Des projets comme ceux des « 9 Provinces » et d’Essassa, visités en février 2026, sont en cours d’évaluation. • La transition énergétique : Le Gabon dispose d’un potentiel exceptionnel en matière de barrages hydroélectriques et de solaire. Il est temps d’accélérer le mix énergétique pour garantir l’accès à l’électricité pour tous, tout en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles.

Une nation ne se construit pas seulement en bitumant des routes, mais en bâtissant des hommes et des femmes. Le Président de la République a montré qu’il sait faire. Il a montré qu’il peut mobiliser des moyens, imposer des cadences et obtenir des résultats. Il a prouvé qu’il est un bâtisseur. Ce n’est pas un appel à la critique. C’est un appel à l’ambition. L’ambition d’un Gabon qui ne se contente pas de belles routes, mais qui nourrit, éduque et soigne dignement ses enfants. L’ambition d’un Gabon où la rigueur du bâtisseur s’étend à tous les fronts du développement. Le chantier de la nation ne fait que commencer. Il est temps d’y consacrer la même énergie, la même exigence, la même foi en l’avenir. En tant que citoyen et acteur engagé, je crois que cette vision est possible. Et je souhaite y contribuer, par mes réflexions, mes propositions et mon action.

 





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Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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