La pire erreur d’un chef : s’entourer de collaborateurs qui disent toujours oui par Arsène NGUEMA NDZIME

« La pire erreur d’un chef n’est pas de se tromper. C’est de s’entourer de collaborateurs qui ne le contredisent jamais – même quand ils savent qu’il a tort. »
Cette phrase, je la pose en garde-fou. Elle n’est ni une provocation, ni une critique acerbe. Elle est un rappel : le pouvoir, quelle que soit sa forme – présidentiel, ministériel, directorial ou managérial – est un exercice dangereux quand il n’est pas confronté à la contradiction. L’histoire, les grandes nations et les grandes entreprises nous l’enseignent : les plus belles réussites sont souvent nées d’une discussion difficile. Les plus grandes chutes, d’un silence complice.

1. Le chef et la tentation de l’entre-soi

L’accession au pouvoir – même le plus modeste – porte en elle une tentation : celle de l’entre- soi. Le chef est rapidement entouré de personnes qui lui ressemblent, pensent comme lui,

disent « oui » comme lui. Cette homogénéité est confortable. Elle rassure. Mais elle est mortifère.
Un chef qui n’entend que des avis conformes à ses propres certitudes n’est plus un chef : il devient un prisonnier de lui-même. Il cesse de voir les angles morts. Il cesse d’être alerté. Il finit par confondre sa volonté avec la vérité, et son intuition avec la réalité.
La meilleure manière de détruire un chef, c’est encore de le flatter. La pire manière de le servir, c’est de ne jamais le contredire.

2. L’histoire nous éclaire : les grands chefs se sont entourés de contradicteurs
L’histoire politique et économique est pleine de chefs qui ont échoué parce qu’ils étaient entourés de personnes qui n’osaient pas leur dire la vérité. Mais elle est aussi pleine de chefs qui ont réussi parce qu’ils ont su écouter ceux qui osaient les contredire.

Ellen Johnson Sirleaf, première femme présidente d’un pays africain, a hérité d’un Liberia dévasté par la guerre. Elle a dû reconstruire un État, une économie et une nation. Pour cela,

Arsène NGUEMA NDZIME, Consultant en stratégie, organisation et communication institutionnelle elle ne s’est pas entourée de complaisants. Elle a choisi des collaborateurs capables de lui dire la vérité, même quand elle dérangeait. Elle savait que la flatterie est un poison. Elle savait que le chef qui ne se méfie pas des louanges est un chef qui se prépare à chuter.

Abraham Lincoln, l’un des plus grands présidents des États-Unis, était célèbre pour avoir constitué un cabinet de « rivaux », composé d’hommes qui ne partageaient pas toutes ses vues. Il disait : « Je ne veux pas d’hommes qui soient d’accord avec moi. Je veux des hommes
qui me disent la vérité, même si elle est inconfortable. » C’est ce courage de la contradiction qui lui a permis de maintenir l’unité du pays pendant la guerre de Sécession.

Winston Churchill, Premier ministre britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, a remporté la guerre grâce à son courage et à sa vision. Mais il a aussi échoué sur des décisions clés, comme les Dardanelles pendant la Première Guerre mondiale. Son erreur ? Il s’était
entouré de collaborateurs qui n’avaient pas osé le contredire. Cette erreur lui a coûté des milliers de vies et a failli lui coûter sa carrière politique. Il en a tiré une leçon : un chef ne peut se permettre de ne pas être contredit.

3. La contradiction comme levier de performance : l’exemple des grandes entreprises

Dans le monde des grandes entreprises, les meilleurs leaders ne sont pas ceux qui imposent
leur vision, mais ceux qui savent la confronter. Parmi les grandes entreprises qui ont prospéré grâce à une culture de la contradiction :
a. Toyota
La culture de l’entreprise japonaise est fondée sur le principe du Genchi Genbutsu : « aller sur le terrain et constater par soi-même ». Toyota encourage ses employés à remonter les problèmes et à proposer des améliorations, même si cela signifie contredire les décisions des
supérieurs. Cette culture a permis à Toyota de devenir l’un des leaders mondiaux de l’automobile.
b. Microsoft
Sous la direction de Satya Nadella, Microsoft a instauré une culture de la « croissance » et de l’apprentissage continu. L’entreprise encourage les employés à poser des questions, à remettre en question les décisions et à proposer des alternatives. Cette transformation culturelle a permis à Microsoft de retrouver sa place de leader dans le secteur technologique.
c. Google
Google est connue pour sa culture du débat. Les équipes sont encouragées à discuter, à argumenter et à remettre en question les décisions. Le fondateur, Larry Page, disait : « Si vous n’êtes pas prêt à être contredit, vous n’êtes pas prêt à diriger. »

d. Orange
En Afrique, Orange a su s’imposer comme un leader en intégrant les réalités locales dans ses stratégies. L’entreprise a écouté ses équipes terrain, a intégré leurs retours, et a su adapter ses offres aux besoins des populations. Cette capacité à écouter et à intégrer la contradiction
lui a permis de prospérer dans un marché concurrentiel.

4. Au Gabon : la contradiction, une nécessité pour bâtir une gouvernance solide
Le Gabon n’est pas une exception. La culture du « oui » est malheureusement trop présente dans nos administrations, nos entreprises et nos institutions. On préfère souvent le confort du silence à la difficulté de la contradiction. On préfère flatter le chef plutôt que de l’éclairer.
Mais cette culture nous a coûté cher. Elle nous a coûté des projets mal conçus, des décisions erronées, des opportunités manquées.
La contradiction n’est pas une insulte à l’autorité. C’est un hommage à l’intelligence collective. Elle permet d’éviter les erreurs, d’ajuster les stratégies, de renforcer la cohésion des équipes.

Il est temps de briser ce silence. Il est temps d’oser contredire nos chefs, non pas par défiance, mais par responsabilité. Il est temps que les chefs acceptent la contradiction non comme une menace, mais comme une chance.

5. Le rôle de l’entourage du chef : un bouclier contre l’erreur
L’entourage du chef a une responsabilité immense. Il est le premier rempart contre l’erreur. Si les collaborateurs du chef, par peur ou par intérêt, n’osent pas lui dire ce qu’ils pensent réellement, ils l’exposent à la faillite.
Les qualités du collaborateur de confiance :
• Le courage de dire non.
• La lucidité de savoir que le chef n’est pas infaillible.
• La loyauté de vouloir le protéger de ses propres erreurs.
L’entourage du chef doit être le gardien de sa lucidité, non le complice de ses illusions.

6. Que devient un chef qui s’entoure de “oui” ?
Un chef qui s’entoure de « oui » se condamne à plusieurs dérives :
• La déconnexion : il perd le contact avec la réalité et les attentes des citoyens ou des acteurs économiques.
• La fragilité : face à une crise, il n’aura ni les bonnes informations, ni les bonnes analyses, ni les bons soutiens.
• La solitude : en s’isolant dans sa certitude, il s’isole de ceux qui pourraient l’aider.

Arsène NGUEMA NDZIME, Consultant en stratégie, organisation et communication institutionnelle
• La chute : tôt ou tard, il sera rattrapé par les conséquences de ses erreurs, sans personne pour l’avoir averti.
7. La contradiction : un devoir pour l’entourage du chef Contredire son chef, ce n’est pas le trahir. C’est le sauver.
C’est lui dire : « Je ne suis pas d’accord avec toi, et je te le dis parce que je veux que nous réussissions ensemble. » C’est un acte d’amour et de loyauté. Et c’est un devoir pour tout collaborateur qui a le souci de l’intérêt général.

8. Le chef doit provoquer la contradiction
Si le collaborateur a le devoir de contredire, le chef a le devoir de provoquer la contradiction.
Il doit créer un climat de confiance où chacun peut s’exprimer sans crainte de représailles.
Un chef qui veut durer doit :
• Inviter ses collaborateurs à exprimer leurs doutes.
• Revoir régulièrement sa propre vision.
• Intégrer les alertes dans sa réflexion.

Conclusion
La pire erreur d’un chef n’est pas de se tromper. Elle est de se tromper seul, sans que personne ait eu le courage de l’en avertir.
Un chef ne grandit pas parce qu’on le flatte. Il grandit parce qu’on lui résiste avec intelligence et loyauté.
Le Gabon a besoin de chefs qui acceptent la contradiction. Il a besoin de collaborateurs qui osent la contradiction. Il a besoin d’une culture du débat éclairé, de l’argumentation et de la lucidité.
À tous les chefs du Gabon : invitez vos équipes à vous contredire.
À tous les collaborateurs : osez contredire vos chefs, par respect pour eux et par amour pour
le Gabon.

Arsène NGUEMA NDZIME est consultant en stratégie, organisation et communication institutionnelle, spécialiste des questions de gouvernance et de management.





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Assistant Edu Gabon

Paul Essonne

Journaliste

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