L’idée de faire prêter serment aux membres du gouvernement devant le NDJOBI a provoqué une vive controverse.
« Au-delà de la polémique, cette proposition soulève une question fondamentale : une République moderne et laïque peut-elle s’appuyer sur un rite initiatique pour garantir la fidélité de ses dirigeants ?
LE POUVOIR ET LE SACRÉ : UNE VIEILLE HISTOIRE GABONAISE
Le lien entre le pouvoir politique et la spiritualité n’est pas nouveau au Gabon. Léon Mba trouvait une partie de son autorité dans le Bwiti. Omar Bongo associait son islam à une connaissance des traditions ancestrales…
L’exécutif actuel semble prolonger cette histoire en envisageant de donner une dimension institutionnelle à un rite traditionnel.
Le NDJOBI : UN AVEU DE FAIBLESSE DES INSTITUTIONS ?
Pourquoi vouloir recourir au NDJOBI ? La réponse semble être celle-ci : certains considèrent que les serments prêtés sur la Constitution, la Bible ou le Coran n’ont pas empêché les détournements de fonds, les trahisons politiques ou les abus de pouvoir.
Mais cette logique pose une limite évidente : encore faut-il être initié et croire au NDJOBI pour que ce serment ait un sens.
Peut-on bâtir une exigence républicaine sur une croyance qui n’est pas partagée par tous ?on a l’exemple d’un ministre centrafricain au nom de ses croyances à refuser de prêter le serment sur le coran !
UNE MENACE POUR LA LAÏCITÉ ET L’UNITÉ NATIONALE
Le Gabon est une République laïque, multiethnique et multireligieuse. Sa force réside dans une même loi qui s’applique à tous, sans distinction de religion, d’origine ou de tradition. Institutionnaliser un serment lié à une société initiatique risquerait de brouiller cette frontière.
LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION PASSE D’ABORD PAR LA JUSTICE
Le véritable problème n’est pas le NDJOBI . Le véritable problème est la faiblesse des mécanismes de contrôle de l’État.
La peur du surnaturel ne remplacera jamais la force de l’État de droit.
le pouvoir prend le risque d’ouvrir une véritable boîte de Pandore. Aujourd’hui, c’est le NDJOBI ; demain, pourquoi pas d’autres rites ou d’autres références religieuses ou ésotériques? À ce rythme, la République pourrait progressivement perdre ce qui fonde son identité :
« l’universalité de la loi et la neutralité de l’État. »
La probité des gouvernants ne se construit ni dans le secret des initiations ni dans la peur du châtiment mystique.
Elle repose sur des institutions fortes, une justice indépendante, une transparence sans concession et une véritable culture de la responsabilité. »
Jean Frédéric Ndong Ondo. Acteur de la Société Civile.
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