Eau et électricité : le défi du passage de la production à la distribution.

Dans son discours à la Nation prononcé le 16 août 2026 à Libreville, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a posé un diagnostic sans détour sur l’une des préoccupations majeures des ménages et des acteurs économiques gabonais : la persistance des difficultés d’accès à l’eau potable et à l’électricité.

En reconnaissant que la situation vécue par de nombreux Gabonais « n’est pas acceptable », le chef de l’État semble vouloir prendre la mesure de l’exaspération grandissante des familles, des commerçants et des entreprises confrontés aux coupures et aux perturbations récurrentes.

Cette reconnaissance constitue en elle-même un message politique important : l’accès à l’eau et à l’électricité ne peut plus être considéré comme une simple question technique, mais comme un enjeu social, économique et de souveraineté.

Le constat d’une promesse encore inachevée
Le discours présidentiel repose d’abord sur un constat : malgré les efforts engagés, l’universalité du service public demeure loin d’être atteinte. Tous les Gabonais ne bénéficient pas encore d’un accès régulier et satisfaisant à l’eau et à l’électricité.

Cette situation pose une équation complexe aux pouvoirs publics. Le Gabon dispose de ressources énergétiques et hydriques importantes, mais la disponibilité de ces ressources ne garantit pas automatiquement leur acheminement vers les populations.
C’est précisément sur cette faiblesse que le chef de l’État entend désormais concentrer l’action gouvernementale.

Produire davantage ne suffit plus
Le changement de priorité annoncé par Oligui Nguema est particulièrement significatif. Après avoir mis l’accent sur l’augmentation des capacités de production, l’exécutif reconnaît désormais que le véritable goulot d’étranglement se situe également au niveau du transport et de la distribution.
Autrement dit, augmenter la production d’électricité ou les capacités de captage et de traitement de l’eau ne produira pas les effets escomptés si les réseaux de transport et de distribution restent insuffisants, vétustes ou mal entretenus.
Cette approche traduit une vision plus globale du problème. Le défi gabonais n’est plus uniquement de produire, mais de produire, transporter, distribuer et maintenir.
C’est là que se joue désormais une grande partie de la crédibilité de la politique publique en matière d’eau et d’énergie.
L’électricité et l’eau, des enjeux économiques
Les conséquences des coupures dépassent largement le cadre domestique. Pour les commerçants, les artisans et les entreprises, l’irrégularité de l’approvisionnement entraîne des pertes de production, la détérioration de certains équipements, des surcoûts et une baisse de compétitivité.
Pour les ménages, les conséquences sont tout aussi importantes : conservation des aliments, fonctionnement des équipements domestiques, accès à certaines activités professionnelles et conditions générales de vie sont directement affectés.
La question de l’eau et de l’électricité devient donc un indicateur de performance économique. Un pays qui ambitionne d’attirer davantage d’investissements ne peut durablement offrir un environnement marqué par l’incertitude énergétique et hydraulique.
La responsabilité ne repose pas uniquement sur l’État

Le président de la République a également introduit une dimension citoyenne dans son diagnostic. En dénonçant le non-paiement des factures, les actes de sabotage et certains comportements relevant du laxisme, il rappelle que la pérennité du service public suppose également le respect des obligations de chacun.

Cette responsabilité partagée mérite toutefois d’être inscrite dans une logique d’équilibre. Le citoyen doit payer ce qu’il consomme et préserver les infrastructures publiques, mais l’opérateur et l’État doivent également garantir un service fiable, transparent et conforme aux engagements pris.

Le contrat social autour de l’eau et de l’électricité repose donc sur une double exigence : un service public performant contre une citoyenneté responsable.
Ouvrir davantage le secteur aux investisseurs
L’appel lancé aux investisseurs constitue enfin l’un des points forts du discours présidentiel. En invitant des opérateurs sérieux à investir dans le transport et la distribution de l’eau et de l’électricité, le chef de l’État reconnaît implicitement que les ressources publiques seules pourraient ne pas suffire à répondre à l’ampleur des besoins.

L’arrivée de capitaux privés peut permettre d’accélérer la modernisation des réseaux, d’introduire de nouvelles technologies et d’améliorer les capacités de maintenance.
Mais cette ouverture devra être encadrée.

L’eau et l’électricité demeurent des services essentiels. L’investissement privé ne doit donc pas se traduire par une simple recherche de rentabilité, mais s’inscrire dans une véritable mission de service public, avec des obligations de qualité, de continuité, de couverture territoriale et de transparence.

Le véritable test sera la distribution
Le discours du 16 août 2026 fixe ainsi une nouvelle feuille de route. Après la production, place désormais aux réseaux. Après les annonces d’investissements, place à leur réalisation. Après les objectifs, place aux résultats.

Pour le gouvernement, le défi sera considérable : réhabiliter les infrastructures existantes, renforcer les réseaux de transport et de distribution, améliorer la maintenance, réduire les pertes et garantir un accès plus équitable aux services essentiels.
L’enjeu dépasse finalement la seule question de l’eau et de l’électricité. Il touche à la capacité de l’État à fournir des services publics fiables et à créer les conditions indispensables à la transformation économique du Gabon.

La bataille de l’eau et de l’électricité sera donc gagnée non seulement dans les centrales, les stations de traitement ou les barrages, mais surtout dans les réseaux qui relient ces infrastructures aux foyers, aux commerces et aux entreprises.

C’est sur ce terrain, celui de la distribution et de la qualité du service, que les engagements présidentiels seront désormais jugés par les Gabonais.




Assistant Edu Gabon

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