Mes enfants, asseyez-vous. La tradition va vous parler de l’eau. Pas l’eau du marigot. L’eau des chiffres.
On nous dit : * »Le Gabon aura son Port en Eau Profonde à Kobé Kobé »*. On applaudit. On espère. Mais quand la tradition regarde les données techniques, elle se pose une question : la profondeur annoncée correspond-elle à la réalité du commerce maritime mondial ?
Peut-on appeler * »Profond »* ce qui ne reçoit pas les plus grands navires ?
Chez nous, on ne dit pas qu’un puits est profond parce qu’on a creusé. On dit qu’il est profond quand l’éléphant peut y boire sans se baisser.
Un port en eau profonde, dans la pratique internationale, c’est un port où les grands bateaux accostent à quai. Sans transbordement au large.
Les techniciens sont clairs. Un minéralier ou un VLCC de 250 000 tonnes tire 20 à 22 mètres sous l’eau à pleine charge. La règle du marin est simple : pour qu’il flotte en sécurité, il faut 22 m plus 1,5 m de marge, donc 23,5 m de profondeur minimum.
Or, le futur Port de Kobé Kobé annonce 14 à 16 mètres de tirant d’eau. Le grand navire ne pourra donc pas accoster. Il devra rester au large. « On n’invite pas l’éléphant dans une case à poulets ».
Le transbordement : une solution technique qui a un coût.
Le constructeur l’a indiqué : il faudra des plateformes flottantes, des grues en mer, du transbordement. Cela signifie que le navire de 250 000 tonnes restera au large, et des unités de 100 000 à 150 000 tonnes feront les allers-retours.
C’est une pratique que nous connaissons déjà au Gabon pour le pétrole avec les FPSO. Nos côtes sont naturellement peu profondes. Un VLCC de 320 000 tpl tire jusqu’à 22,5 m, et les géants comme le TI Europe vont à 24,5 m. Ils ne se sont jamais approchés de nos côtes. Kobé Kobé ne changera pas la géographie.
Le mot * »Profond »* mérite d’être précis.
Avant, profond voulait dire capable d’accueillir les plus grandes unités. Aujourd’hui, on drague à 16 mètres et on parle d’eau profonde. Si demain on creuse 10 mètres dans le Komo, parlera-t-on de * »Port Océanique de Libreville »* ?
La tradition dit : *_ »N’appelle pas lion un chat parce qu’il a grandi »_*. Un port qui ne reçoit pas les 250 000 tonnes n’est pas un port en eau profonde au sens international. C’est un port en eau moyenne, adapté à des navires de 150 000 tonnes. Et il faut le dire clairement. Parce que les armateurs regardent les cartes marines, pas les discours.
Que cache cette profondeur limitée ?
Elle cache des coûts supplémentaires. Le transbordement, c’est du temps et de l’argent. Chaque tonne qui change de bateau en mer impacte le prix final du fer, du manganèse, des produits agricoles. C’est l’économie gabonaise qui supporte ce coût.
Elle pose aussi une question d’anticipation : si les standards des minéraliers sont à 250 000 tonnes et plus, pourquoi dimensionner pour 150 000 tonnes ? Construit-on pour les besoins d’aujourd’hui ou pour ceux de demain ? *_ »On ne taille pas un pagne en regardant l’enfant. On le taille en regardant l’homme qu’il deviendra »_*.
Frères et sœurs, je ne suis pas ingénieur. Je suis traditionaliste. Mais la tradition sait compter. 14 mètres, c’est moins que 22 mètres. Et un port qui oblige le grand bateau à rester au large ne répond pas à la définition internationale d’un port en eau profonde.
Appelons Kobé Kobé * »Port de Kobé Kobé »*. Appelons-le * »Nouveau Port Minéralier »*. C’est déjà un progrès pour le pays. Mais respectons les mots. Respectons les marins. Respectons la vérité technique.
Car le jour où un VLCC de 250 000 tonnes se présentera, il ne s’arrêtera pas à notre communication. Il s’arrêtera à notre tirant d’eau. Et il restera au large. Comme toujours.
La tradition a mesuré. La mer, elle, ne ment pas.
PAPA KOUMBA MBOULA
Traditionaliste, Vigie du Peuple
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