Une déclaration relative à l’affaire opposant Madame la Ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PMI-PME, Zenaba GNINGA CHANING, à notre confrère et membre du RENAJI, Médard TOUNDA YOUBI, on justement incarcéré à la prison centrale de Libreville. L’intégralité de la déclaration sur 7jours Info.
Mesdames et Messieurs,
Le Réseau National des Journalistes Indépendants (RENAJI) exprime sa profonde préoccupation ainsi que sa vive indignation face au maintien en détention préventive de notre confrère, Monsieur Médard TOUNDA YOUBI, incarcéré depuis le 23 avril 2026 à la prison centrale de Libreville, soit bientôt un mois jour pour jour, dans des circonstances qui suscitent de sérieuses interrogations quant au respect des principes fondamentaux de justice et des garanties procédurales consacrées par l’État de droit.
Le RENAJI rappelle que notre confrère a été présenté devant le parquet de la République près le Tribunal de Première Instance de Libreville, à la suite d’une mesure de garde à vue effectuée à la Brigade Territoriale du Gros-Bouquet, pour des faits dont la qualification exacte demeure, à ce jour, insuffisamment clarifiée auprès de notre organisation.
Selon les éléments portés à notre connaissance, Monsieur Médard TOUNDA YOUBI s’est volontairement présenté devant les autorités judiciaires afin de répondre aux accusations formulées à son encontre. À l’issue de son audition, le juge d’instruction compétent avait ordonné sa mise en liberté provisoire, conformément aux dispositions légales applicables en matière de détention préventive et au principe de présomption d’innocence.
Toutefois, de manière aussi soudaine qu’incompréhensible, cette décision a été remise en cause quelques minutes seulement après son prononcé, alors même que l’intéressé se trouvait en présence de sa famille ainsi que du Président du RENAJI, dans un contexte particulièrement apaisé. Ce revirement brutal et inexpliqué ne peut que nourrir de profondes inquiétudes au sein de l’opinion.
Comment comprendre qu’une décision judiciaire prise en toute indépendance apparente puisse être annulée dans un laps de temps aussi réduit ? Les soupçons d’ingérences extérieures, évoquant notamment d’éventuelles interventions informelles, fragilisent dangereusement la crédibilité de la procédure judiciaire et portent atteinte aux principes cardinaux d’impartialité et d’indépendance de la justice.
Le RENAJI tient également à rappeler que les accusations initialement évoquées, notamment celles de diffamation, de chantage et d’extorsion de fonds, auraient été écartées ou requalifiées en menace par voie de fait. Une telle évolution procédurale renforce davantage le caractère disproportionné du maintien en détention préventive de notre confrère, au regard des garanties judiciaires habituellement observées dans des situations comparables.
Le contexte entourant cette affaire mérite également d’être porté à la connaissance de l’opinion publique. Notre confrère, reconnu pour son engagement professionnel, avait exercé les fonctions de directeur de campagne de Madame Zenaba GNINGA CHANING lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025, avant l’accession de cette dernière aux fonctions ministérielles. Cette proximité politique et professionnelle passée soulève aujourd’hui de légitimes interrogations sur la nature réelle du différend opposant les deux parties.
Au cours de la rencontre accordée au RENAJI par Madame la Ministre, le mercredi 13 mai 2026, en présence de certains de ses collaborateurs, les échanges et explications développés étaient essentiellement d’ordre interne et personnel. À aucun moment les discussions n’ont véritablement porté sur le contenu journalistique de l’article incriminé ni sur une quelconque violation manifeste des règles déontologiques de la profession.
Cette situation laisse apparaître que le différend opposant les parties semble dépasser largement le seul cadre de l’écriture journalistique et pourrait s’inscrire dans un contexte de règlement de comptes personnels. Le RENAJI considère qu’il serait particulièrement regrettable que la presse et l’exercice du métier de journaliste soient instrumentalisés dans le cadre de conflits privés ou de différends politiques internes.
Le RENAJI rappelle avec fermeté qu’aucune disposition légale n’interdit à un journaliste ayant précédemment exercé des responsabilités politiques ou de campagne de poursuivre librement ses activités professionnelles dans le respect des lois de la République. Assimiler un travail journalistique à une hostilité personnelle constituerait une dérive grave, incompatible avec les libertés fondamentales garanties dans un État démocratique.
Par ailleurs, le RENAJI estime que si Madame la Ministre considérait avoir subi un préjudice personnel distinct de l’activité journalistique proprement dite, il lui appartenait d’orienter sa plainte sous un autre fondement juridique, sans impliquer directement l’exercice de la presse ni tenter de faire peser sur le travail journalistique les conséquences d’un différend à caractère privé.
Il est en effet de notoriété que, dans certaines circonstances, celui qui détient une parfaite connaissance des réalités internes d’un système ou d’un environnement politique peut devenir gênant. Toutefois, aucune considération de convenance personnelle ne saurait justifier une procédure judiciaire susceptible d’apparaître comme un acharnement dirigé contre un professionnel des médias.
C’est précisément dans cet esprit de responsabilité, d’apaisement et de préservation des institutions que le RENAJI avait entrepris une démarche pacifique auprès du cabinet de Madame la Ministre, afin de favoriser le dialogue, de mieux comprendre les contours exacts du différend et d’explorer les voies d’un règlement apaisé. Malheureusement, malgré les assurances verbales évoquant une éventuelle prise de contact avec un avocat, aucune suite concrète n’a été réservée à cette démarche depuis cette rencontre.
Face à cette situation, le RENAJI prend à témoin l’opinion nationale et internationale. Notre organisation dénonce avec la plus grande fermeté toute atteinte à la liberté de la presse ainsi que toute ingérence présumée dans le fonctionnement normal de l’appareil judiciaire.
Le RENAJI exige :
le strict respect des droits de la défense ;
la transparence dans le traitement de cette affaire ;
le respect du principe de présomption d’innocence ;
ainsi qu’une justice rendue en toute impartialité et indépendance.
En conséquence, le RENAJI demande la mise en liberté immédiate de son membre, Monsieur Médard TOUNDA YOUBI, estimant qu’aucun élément objectivement établi, ni dans les faits reprochés, ni dans l’exercice de son activité professionnelle, ne saurait raisonnablement justifier son maintien prolongé en détention préventive.
Le RENAJI tient également à rappeler qu’en droit pénal, toute infraction suppose impérativement la réunion de trois éléments constitutifs : l’élément légal, l’élément matériel et l’élément moral. Si ces éléments devaient être légalement caractérisés à l’encontre de notre confrère, il appartiendrait exclusivement à la justice d’en tirer les conséquences dans le strict respect des garanties procédurales et des droits de la défense.
Toutefois, si les faits reprochés relevaient véritablement du flagrant délit, le recours à l’ouverture d’une information judiciaire devant un juge d’instruction interroge légitimement, dès lors qu’une procédure de flagrance aurait pu être envisagée conformément aux principes directeurs de la procédure pénale.
Le RENAJI exprime également sa profonde inquiétude quant à la durée potentiellement indéterminée de cette détention préventive. À ce stade, nul ne peut raisonnablement affirmer si cette information judiciaire sera clôturée dans quelques semaines, dans plusieurs mois ou après une longue période d’instruction. Cette incertitude fait peser de graves menaces sur la vie professionnelle, sociale, morale et même physique de notre confrère.
Face à ce flou judiciaire préoccupant, le RENAJI demande solennellement aux autorités judiciaires compétentes de communiquer officiellement, avec clarté et transparence, sur les véritables motifs ayant conduit au placement précipité de notre confrère en détention préventive.
Dans l’hypothèse où les faits officiellement retenus seraient légalement établis et suffisamment caractérisés, le RENAJI sollicite, à tout le moins, la mise en liberté provisoire de notre confrère durant le cours de l’information judiciaire, conformément aux principes de présomption d’innocence et de proportionnalité des mesures privatives de liberté.
En revanche, si les motifs réels de cette détention devaient apparaître imprécis, inavoués ou juridiquement infondés, le RENAJI exige alors la remise en liberté d’office et sans délai de notre confrère, aucune considération ne pouvant légitimer une détention arbitraire dans un État de droit.
Le RENAJI rappelle également que cette affaire intervient dans un contexte marqué par plusieurs incidents ayant concerné des professionnels des médias au Gabon, notamment l’enlèvement du journaliste Roland Olouba le 15 janvier 2026, l’arrestation de Harold Leckat en octobre 2025 à l’aéroport international de Libreville, celle d’Hervé Simon Ndong en août 2025 ainsi que celle du regretté Brice Ndong en décembre 2025.
Pris isolément, chacun de ces événements appelle un examen rigoureux. Considérés dans leur ensemble, ils contribuent à nourrir un sentiment croissant d’inquiétude au sein de la profession quant aux conditions d’exercice du journalisme indépendant dans notre pays.
Cette préoccupation rejoint les constats formulés dans plusieurs rapports internationaux relatifs à la liberté de la presse et à la liberté d’expression, lesquels soulignent la progression de l’autocensure dans de nombreux pays sous l’effet combiné des pressions judiciaires, des intimidations et de la fragilisation économique des médias.
Comme l’a déclaré le président du RENAJI, Aimé Serge Boulingui :
« La liberté de la presse n’est pas négociable. Lorsqu’un journaliste est inquiété pour avoir exercé son métier avec rigueur et responsabilité, c’est l’ensemble de la profession qui est interpellé, mais aussi l’État de droit qui est mis à l’épreuve. Notre engagement est clair : défendre chaque journaliste, sans compromission, dans le respect des lois et des principes républicains. »
Le RENAJI rappelle que la liberté de la presse ne constitue ni un privilège ni une faveur accordée aux journalistes. Elle représente l’un des piliers fondamentaux de toute démocratie moderne. Elle garantit le droit des citoyens à une information libre, pluraliste et indépendante, favorise la transparence de l’action publique et contribue au renforcement de l’État de droit.
Dans cet esprit, nous appelons les autorités judiciaires et administratives compétentes à agir avec la plus grande transparence afin que cette affaire ne puisse donner lieu à aucune interprétation susceptible d’affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions de la République.
Nous interpellons respectueusement le Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, dont l’attachement à l’État de droit et à l’indépendance de la justice a été affirmé à plusieurs reprises, afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire dans le strict respect des institutions et des procédures légales.
Le RENAJI demeurera pleinement mobilisé dans le suivi de ce dossier et se réserve le droit d’engager toute initiative légale et républicaine visant à assurer la protection des droits de notre confrère et la défense de la liberté de la presse.
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