La tension est montée d’un cran entre le Syndicat National des Magistrats du Gabon et le ministère de la Justice. Dans un communiqué publié le 22 mai, le SYNAMAG charge le garde des Sceaux, qu’il accuse d’avoir abandonné la défense de l’autorité judiciaire au profit des forces de l’ordre impliquées dans la crise de Mouila.
L’escalade fait suite à une réunion tenue le 18 mai au ministère de la Justice, après que le syndicat a saisi le président de la République au sujet des tensions survenues au tribunal de première instance de Mouila.
Selon le SYNAMAG, le ministre avait promis une réponse « point par point » au courrier adressé au chef de l’État, tout en reprochant aux magistrats d’avoir relayé des informations « incomplètes » et d’avoir « contourné la voie hiérarchique ».
Pour le syndicat, les communications ultérieures du ministère – télévisées, écrites et médiatiques – n’apportent aucun élément juridique ou factuel établissant une responsabilité des magistrats dans l’escalade. Il y voit une opération de communication destinée à « faire bonne figure » devant les plus hautes autorités et à détourner l’attention des faits reprochés aux forces de sécurité.
Le syndicat liste une série d’actes qu’il juge attentatoires à l’autorité de la justice : trafic présumé de stupéfiants impliquant des agents pénitentiaires, refus d’exécuter des mandats judiciaires, insubordination au parquet, intrusion armée au palais de justice de Mouila et menaces contre des magistrats en fonction.
Le communiqué évoque même un « acte insurrectionnel » qui aurait nécessité l’intervention du 6e bataillon d’infanterie pour sécuriser les lieux.
Le SYNAMAG reproche au ministre son silence face à ces faits « documentés, vérifiables et non contestés », estimant qu’il a choisi de « jeter toute une corporation en pâture à la vindicte populaire ».
Le syndicat conteste également les déclarations du ministre niant la présence des forces de sécurité dans les juridictions. S’appuyant sur l’article 19 de la loi organique de 2019 sur l’organisation judiciaire et plusieurs dispositions du Code de procédure pénale, il rappelle que les officiers de police judiciaire agissent sous l’autorité directe du procureur de la République et sous la surveillance du procureur général.
Pour le SYNAMAG, les mesures prises contre certains agents relevaient d’une stricte application de la loi, et non d’un « zèle » ou d’une « arrogance » des magistrats.
En filigrane, le communiqué révèle une fracture profonde entre l’autorité judiciaire et le ministère de tutelle. Le syndicat accuse le garde des Sceaux d’avoir « pris fait et cause » pour les forces de l’ordre et avertit que cette posture compromet la paix sociale au sein du pouvoir judiciaire.
Rappelant avoir suspendu son mouvement de grève depuis plus d’un an à la demande des plus hautes autorités, le SYNAMAG sollicite désormais l’intervention directe du président du Conseil supérieur de la magistrature pour éviter une aggravation de la crise.
Source Presse Judiciaire.
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