« Un État qui ne respecte pas ses enseignants prépare méthodiquement sa propre faillite morale. » Hannah Arendt
« Je prends la parole en tant qu’ancien leader élève, ancien leader estudiantin, acteur de terrain, mais aussi comme analyste politique. J’ai participé à de nombreuses réunions, négociations et cadres de réflexion sur la question éducative au Gabon. Ce que j’observe aujourd’hui n’est ni une crise conjoncturelle, ni un simple conflit social, c’est une crise structurelle de gouvernance, dont notre école est devenue le révélateur le plus brutal.
D’abord, les faits. Selon les travaux consolidés de la Commission nationale de la carte scolaire (2024–2025), le Gabon compte environ 24 814 agents publics dans le secteur éducatif( ceux qui tiennent la craie) , auxquels s’ajoutent des personnels contractuels et assimilés, pour un total avoisinant 27 000 agents relevant de l’Éducation nationale au sens large. Pourtant, près de 45% se trouvent encore en situation administrative irrégulière ou non soldée, rappels de solde non payés, matricules solde inexistants ou inactifs, fiches budgétaires signées mais sans effet financier, ou encore recrutements bloqués malgré la sortie effective des grandes écoles comme l’ENS ou l’ENSET.
L’État gabonais reconnaît lui-même devoir plus de 75 milliards de FCFA de rappels de solde à ses agents publics, l’Éducation nationale concentrant mécaniquement la plus grande part de cette dette, puisqu’elle constitue le premier employeur public du pays. Ce chiffre, à lui seul, suffit à démontrer que la grève des enseignants n’est ni capricieuse ni politique , elle est arithmétiquement fondée.
Ensuite, le dysfonctionnement devient plus grave lorsqu’on observe les examens nationaux. Chaque année, l’effectif des agents mobilisés passe soudainement d’environ 27 000 à près de 34 000 personnes, soit un gonflement de plus de 25 %. Paradoxalement, une part significative des enseignants régulièrement en classe n’y figure pas, tandis que des noms apparaissent sans justification pédagogique claire. Ce mécanisme alimente une explosion artificielle de la masse salariale des vacations. Cette année, elles sont à environ 13 milliards de FCFA. Plusieurs responsables administratifs au ministère le savent. Le problème n’est donc pas l’absence d’information, mais l’absence de décision.
Or, dans le même temps, lorsqu’on parle de priorités budgétaires, la comparaison interroge. La Médiature de la République, institution respectable mais composée officiellement de trois membres, bénéficie d’un budget annuel de plusieurs centaines de millions de FCFA( on parle exactement de huit milliards), sans indicateurs publics d’impact proportionnels. Les députés, dont plus de 80 % sont du parti présidentielle, ont vu leur rémunération nette hors primes passer de 1,5 million à 2 millions de FCFA, sans réforme notable de la production législative ni du contrôle de l’action gouvernementale. Les généraux et officiers supérieurs, déjà parmi les mieux rémunérés du pays, ont bénéficié d’ajustements salariaux supplémentaires. Les ministres, quant à eux, roulent majoritairement dans des véhicules évalués à 50 millions de FCFA ou plus, avec logements, eau, électricité et charges diverses supportées par l’État.
Mieux, dans le Projet de Loi de Finances 2026, les charges de la Présidence de la République sont en hausse, confirmant une trajectoire budgétaire qui protège le sommet de l’État tout en appelant la base sociale , enseignants compris à la patience et à la compréhension. Ce déséquilibre nourrit une perception profondément délétère, celle d’un effort à sens unique.
Je le dis sans passion partisane, on ne peut pas demander aux enseignants de serrer la ceinture, de faire preuve de patriotisme ou de comprendre la crise pendant que l’État institutionnel s’en exonère. Le Gabon est un pays de moins de 2,5 millions d’habitants. À cette échelle, une réforme éducative sérieuse est non seulement possible, mais techniquement simple si la volonté politique est alignée.
D’autres pays africains l’ont démontré. Le Rwanda, le Sénégal, le Bénin ont déconcentré et décentralisé leur administration éducative. Les actes de carrière sont traités au niveau local ou régional, via des bases de données uniques, parfois accessibles seulement quelques heures par jour, parfois même hors ligne, puis synchronisées. Résultat, délais réduits, corruption limitée, responsabilisation des chefs de service, et surtout traçabilité des décisions. Il n’est pas nécessaire d’avoir une connexion parfaite ou des infrastructures lourdes ; il faut une architecture décisionnelle claire et un contrôle continu.
Le Gabon dispose des compétences pour le faire. Des experts ont été recrutés, certains travaillent à l’ARCEP, autorité stratégique du numérique. Pourtant, jusqu’ici, l’effort semble davantage orienté vers la surveillance des opinions, blocage ou disparition de comptes Facebook de citoyens critiques, que vers la sécurisation des fichiers administratifs, la fiabilisation des matricules solde ou la lutte contre les doublons. Or, la vraie souveraineté numérique commence par là.
Enfin, avec toute la retenue qu’impose la responsabilité des mots, permettez-moi une lecture symbolique. Monsieur le Président, vous avez déclaré que l’on vous appelle désormais Josué. Or, dans la Bible, Josué n’est ni un chef fastueux ni un dirigeant entouré de privilèges. Il est d’abord celui qui reçoit un héritage lourd et un peuple éprouvé, et qui comprend que la promesse ne peut s’accomplir que par la rigueur, la justice et l’exemplarité.
Le texte est clair : « Josué n’ôta rien de tout ce que l’Éternel avait ordonné à Moïse » (Josué 11:15). Il n’y eut ni exception ni faveur. La règle s’appliquait à tous, gouvernants compris. Et lorsqu’il s’adresse au peuple, Josué ne promet pas l’aisance, mais la responsabilité : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir » (Josué 24:15). Cette parole est d’abord éthique et politique, on ne peut demander des sacrifices à la base tout en préservant les privilèges du sommet.
C’est en cela que la référence à Josué éclaire notre présent, comme un rappel discret mais exigeant que l’autorité durable naît de la cohérence entre la parole, la règle et l’exemple.
Monsieur le Président de la République , Chef de l’État et du Gouvernement Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, si l’on veut réellement sortir l’école gabonaise de l’ornière, il faudra appliquer sans compromis plusieurs résolutions , audit intégral des vacations et des effectifs, apurement programmé et public des rappels de solde, déconcentration effective de la gestion administrative, gel des avantages institutionnels non essentiels, et réinvestissement prioritaire dans les enseignants qui tiennent la craie. Sans cela, toute demande de reprise des cours restera perçue comme une injonction injuste, et toute réforme comme un discours de plus.
L’école n’est pas un coût. Elle est la dernière digue d’un État qui veut durer.
Jean Kevin NGADI, Analyste politique engagé et observateur de la vie publique gabonaise
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