« L’irrecevabilité de la preuve illégale : L’enjeu des enregistrements de M. Nourredine Bongo au procès de Libreville ». Par Maitre Elodie Mabika Sauze.

« Monsieur, Madame le Juge, Messieurs, Mesdames composant la Cour criminelle.
L’audience de lundi 10 novembre 2025, concernant le procès de Mme Sylvia Bongo et M. Nourredine Bongo, soulève une question fondamentale pour l’État de droit, celle de l’admissibilité des preuves obtenues par des moyens illégaux ou déloyaux.
M. Nourredine Bongo, fait état sur les réseaux sociaux d’enregistrements vidéos réalisés clandestinement au moyen de lunettes-caméra.
En ma qualité de citoyenne gabonaise, je me dois d’attirer solennellement votre attention sur leur irrecevabilité manifeste.
Dans notre système juridique, une preuve est considérée comme déloyale lorsqu’elle est obtenue par une manœuvre ou un stratagème à l’insu de la personne enregistrée.
C’est précisément le cas des vidéos prises à l’aide de lunettes-caméra, qui constituent une atteinte grave au droit au respect de la confidentialité des échanges.
De telles preuves doivent être jugées irrecevables car elles rompent l’égalité des armes et le caractère loyal du débat judiciaire.
La preuve doit être indispensable à l’exercice du droit de celui qui s’en prévaut. Il doit s’agir de l’unique moyen d’établir le contraire des faits reprochés.L’atteinte portée aux droits fondamentaux de la partie adverse doit être strictement proportionnée au but poursuivi. Or, il n’en est rien en l’espèce.
Par ailleurs, si les droits des deux mis en cause ont été bafoués, il leur appartient de porter plainte afin que soit diligentée une affaire distincte de celle en cours. Il apparaît d’ailleurs qu’ils auraient déjà porté plainte sur ces faits.
En l’espèce, les enregistrements de M. Nourredine Bongo sont illégaux et doivent être déclarés irrecevables si toutefois ils vous sont présentés comme moyen de nullité soulevé in limine litis, avant toute défense au fond.
L’atteinte aux droits fondamentaux par la surveillance vidéo clandestine et l’enregistrement secret est excessive. Admettre de telles méthodes reviendrait à légitimer l’espionnage privé au détriment de l’État de droit, ce qui est particulièrement dangereux pour la crédibilité de l’institution judiciaire.
Messieurs et Mesdames le Juge composant la Cour criminelle, en tant que garant des libertés et de l’équité du procès, votre rôle est crucial. L’admission de preuves obtenues par la violation des droits fondamentaux enverrait un signal désastreux.
C’est pourquoi, je vous exhorte à prononcer l’irrecevabilité absolue de tout enregistrement vidéo ou audio obtenu de manière illégale ou déloyale par M. Nourredine Bongo et de poursuivre la procédure au fond ».
Maitre Elodie Mabika Sauze

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