Affaire Leckat: « quand la justice s’incline devant le narratif » par Jean Kevin Ngadi

« Depuis quelques jours, une partie de l’opinion publique, manipulée par des relais numériques complaisants, s’évertue à transformer une affaire civile en scandale d’État. Dans cette agitation, certains ont choisi de travestir le droit pour justifier une humiliation publique. D’autres, comme la page dite Œil de la NASA Officiel, ont relayé sans distance critique des éléments à charge soigneusement orchestrés pour défendre une thèse préétablie. Or, il y a le narratif orchestré pour défendre, et il y a les faits. Et lorsque les faits parlent, le narratif s’effondre.
D’abord, les faits : contrairement à ce que certains prétendent, M. Harold Leckat n’a jamais été gestionnaire ni ordonnateur de fonds publics. En droit gabonais, le détournement de deniers publics est défini par l’article 152 du Code pénal comme un acte commis « par un dépositaire public ou assimilé », c’est-à-dire une personne chargée de gérer des deniers appartenant à l’État. Or, en l’espèce, Harold Leckat dirige une entreprise privée de communication Gabon Media Time qui a conclu un contrat avec une institution publique, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). En conséquence, aucun élément ne permet de qualifier cette relation contractuelle de détournement.
C’est d’ailleurs ce que rappelle pertinemment Jean-Claude Bilié-By-Nze, dans un texte que je cite avec respect mais aussi avec prudence :
Les faits supposés, s’ils étaient avérés, ne pourraient pas être qualifiés de détournement de deniers publics puisqu’en l’occurrence, il n’est pas démontré que M. Harold Leckat ait été gestionnaire ou ordonnateur de fonds publics. Cette affaire, tout au plus, aurait pu être traitée devant le tribunal du commerce puisqu’il s’agit d’un contrat entre deux parties jouissant chacune de la personnalité juridique. »
Si j’appuie sur ce rappel, c’est parce qu’il replace le débat dans son cadre légal véritable : le droit commercial, non le droit pénal. Le contrat entre la CDC et Gabon Media Time relève du Code du commerce et de la liberté contractuelle garantie par la Constitution. Si l’une des parties estime qu’il y a inexécution, elle saisit le tribunal du commerce, non le procureur de la République. C’est la procédure normale dans tout État de droit.
Ensuite, il convient d’examiner le second argument brandi contre Harold Leckat : l’absence de mise en concurrence dans l’attribution du contrat. Là encore, le droit est clair. Le Décret n° 000347/PR/MEPP du 17 juin 2020 portant réglementation des marchés publics autorise expressément, en son article 85, la passation de contrats de gré à gré dans certains cas précis, notamment lorsque le prestataire détient une expertise ou une compétence exclusive. Ce mode de passation n’est donc pas illégal.
Surtout, selon les données publiées en par le Ministère de l’Économie et des Finances, plus de 97 % des marchés publics au Gabon dans la Ve République sont attribués sans appel d’offres. Il faut donc du courage pour prétendre aujourd’hui que seul Gabon Media Time doit être sanctionné pour une pratique administrative généralisée et validée par l’État lui-même. Si la justice veut être crédible, elle doit s’appliquer à tous, ou à personne. Ce deux poids, deux mesures trahit la nature politique du dossier : il s’agit moins de droit que de règlement de compte.
De surcroît, la manière dont M. Leckat a été interpellé manu militari, à sa descente d’avion illustre une dérive inquiétante. Car, selon l’article 111 du Code de procédure pénale, toute arrestation doit être précédée d’une convocation ou d’un mandat, sauf flagrance. Où était la flagrance dans ce dossier contractuel ? Cette mise en scène spectaculaire n’avait d’autre but que de frapper les esprits et de donner à l’opinion l’illusion d’une lutte contre la corruption. En réalité, c’est une tentative de criminaliser la liberté d’entreprendre et d’intimider la presse critique.
Certes, nul n’est au-dessus des lois. Mais encore faut-il que la loi s’applique à tous. Car pendant que l’on exhibe Harold Leckat, combien d’entreprises proches du pouvoir perçoivent des millions sans contrôle, sans livraison effective, ni transparence ? Combien de conventions douteuses échappent à toute enquête parce qu’elles concernent des cercles protégés ? Tant que ces questions demeurent sans réponse, la République ne lutte pas contre la corruption elle choisit ses coupables.
En tant qu’analyste politique engagé et observateur de la vie publique gabonaise, je ne pouvais, et je ne pourrais, me taire face à une telle instrumentalisation du droit. Cette affaire dépasse la personne de Harold Leckat. Elle interroge notre conception même de la justice, de la responsabilité publique et de la liberté d’expression. En visant un journaliste, c’est toute une presse indépendante qu’on cherche à museler. Et en tentant de l’humilier, c’est le citoyen informé qu’on cherche à décourager.
D’ailleurs, cette cabale intervient dans un contexte où le pouvoir se veut en « refondation morale » du pays. Or, la refondation ne peut pas commencer par la violation des principes fondamentaux du droit. Elle ne peut pas se bâtir sur la peur, ni sur l’exemple sacrificiel d’un individu livré à la vindicte numérique. Elle doit s’appuyer sur la transparence, la justice, et l’égalité de traitement. Tout le reste relève de la diversion.
En définitive, l’affaire Harold Leckat ne révèle pas la faute d’un homme, mais la fébrilité d’un système qui redoute la contradiction. En transformant une relation contractuelle en procès moral, le pouvoir cherche à étouffer la pluralité des voix. Or, la démocratie ne meurt pas d’un excès de parole, mais d’un déficit de vérité.
Et puisque la vérité finit toujours par s’imposer, il faut le dire avec fermeté : dans cette affaire, ce n’est pas le journaliste qui est en cause, mais la République qui se regarde dans le miroir de ses contradictions ».
Jean Kevin Ngadi, analyste politique engagé et observateur de la vie publique gabonaise. 


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