Le Gabon face au défi de la gouvernance des pensions : entre dépenses accrues (7 milliards de FCFA par mois) et audits nécessaires

Le Gabon consacre chaque mois 7 milliards de FCFA au paiement des pensions des agents publics. Ce montant, élevé, illustre l’importance financière des retraites pour l’État gabonais : près de 26 000 retraités bénéficient actuellement de ces pensions, et la nouvelle réforme de la rémunération entrée en vigueur en février 2024 garantit que aucun agent partant à la retraite n’est laissé pour compte.

Sur une base annuelle, la Caisse des Pensions et des Prestations Familiales (CPPF) dispose d’un budget de 173 milliards de FCFA pour 2025, dont environ 147 milliards sont directement alloués au versement des pensions. Ce chiffre met en lumière la part très majoritaire des pensions dans les charges de la CPPF, et souligne l’importance de maîtriser cette dépense dans le cadre des finances publiques.

Cependant, malgré l’engagement affiché de régularité dans les paiements, la CPPF est confrontée à des lacunes comptables importantes. Un Conseil d’administration extraordinaire, tenu le 8 septembre 2025 à Libreville, a examiné et adopté les rapports d’audit des cabinets CIFECA et FORVIS MAZARS, portant sur les états financiers des exercices 2015 à 2018 pour le premier, et de 2020 à 2022 pour le second. Parmi les constats : absence de pièces comptables pour 2014, schémas comptables incomplets, absence des états financiers pour certains exercices, et suivi insuffisant des créances de cotisation de l’État.

Parmi les avancées notables, on peut signaler que les rapports comptables des exercices 2015 à 2022 ont été adoptés avec les réserves émises par les commissaires aux comptes. En outre, les états financiers de 2019 avaient déjà été certifiés par le cabinet Price Waterhouse & Coopers. Ceci marque une volonté de transparence et de remise à niveau dans la gouvernance de la CPPF, essentielle à la confiance des retraités et au bon usage des ressources publiques.

En conclusion, bien que le Gabon assume aujourd’hui des charges de pensions considérables, l’enveloppe financière et la régularité des paiements ne doivent pas occulter les défis persistants : fiabilité des données comptables, transparence, et responsabilisation dans la gestion. Seule une gouvernance renforcée, accompagnée d’audits réguliers et d’une mise à jour des états financiers, pourra assurer la pérennité du système et éviter les dérives.

Paul Essonne

Journaliste

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