Port-Gentil-Session criminelle: Yaya Touré reste en prison.

A lui seul, il avait trois procès pendant la session criminelle de cette année. Condamné à 17 ans de réclusion criminelle pour vol aggravé, à l’audience du mardi 12 août, ce compatriote a été acquitté dans la matinée du mercredi 13 août, alors qu’il comparaissait pour vol avec usage d’une arme apparente. Dans l’après-midi de la même journée, le multirécidiviste a été innocenté pour les mêmes faits.
Les faits remontent au mois d’août 2020, aux environs de 18h. Après avoir fermé le débit de boisson de sa grande sœur dont il est le gérant, au quartier Massoukou, le nommé Mignon Ngomo Mandaka, se rend en compagnie de son ami, le nommé Allogo Assoumou Jean Stach, au quartier La Colombie pour y récupérer son baffle qu’il avait prêté à un autre de ses amis, dans la matinée, selon ses dires.
Arrivés dans ce quartier de Port-Gentil réputé pour son insécurité légendaire, les deux amis croisent le chemin de Yaya Touré et sa bande. Ces derniers demandent à Mignon et son ami des pièces d’argent. Estimant dérisoire ce que leur avait donné leurs compatriotes, Yaya Touré s’irrite et sort un couteau avec lequel il menace les deux amis. Il arrache, de force, la sacoche contenant la recette journalière du débit de boisson avant de prendre la clé des champs avec ses compères, selon la victime. De retour à la maison, Mignon informe sa grande sœur qui porte plainte sans délai.
Interpellé, puis interrogé en enquête préliminaire, Yaya Touré nie les faits. Il a, plutôt, déclaré avoir eu affaire aux deux amis venus en Colombie pour s’acheter du chanvre indien. Qu’il leur avait dit qu’il connaissait un grand à lui qui en vendait. Que, sur ces déclarations, les deux amis lui avaient remis la somme de 20.000f pour la transaction.
Qu’il avait absenté son grand, vendeur de chanvre, à son domicile, et que de là, il était rentré chez lui, ou, après avoir mangé, il s’était endormi. Pendant ce temps, Mignon et Stash attendaient quelque part jusqu’à tard dans la nuit, avant de rebrousser chemin.
Devant le magistrat instructeur, le prévenu est resté fidèle à son narratif. Contrairement aux deux amis qui ont eu des déclarations contradictoires pendant toute la procédure. Notamment sur les circonstance de la commission des faits et sur la somme subtilisée qui selon Mignon, était d’abord de 768.000f, puis de 763.800f, ensuite de 692.000f, et, finalement de 200.000f.
L’inconstance de Mignon et de son ami a prospéré chez le juge d’instruction et même pendant les débats à l’audience. De son côté, Yaya Touré, constant, maintenait sa version des faits.
L’absence de l’élément matérielle, à l’audience, est venue conforter le climat douteux qui planait déjà sur les circonstances de la commission des faits.
Ou est le couteau”, s’est interrogé Me Adjomo Mayagui, l’avocat de la défense. Elle a rappelé que pour qu’une infraction pénale soit constituée, il faut la réunion de trois éléments : légal, matériel, et moral. Hors, a soutenu l’avocate, l’élément matériel n’est nullement établi. “Ou est la preuve de la commission des faits reprochés ? Ou est la preuve de l’imputabilité de ces faits à l’accusé ? Qu’est ce qui nous dit qu’il y a vraiment eu vol ? Et, s’il y a eu vol, qu’est ce qui nous lie au dossier et qui prouve que ce vol a été commis par Monsieur Bouka ?”, aucune preuve, a-t-elle argué.
Revenant sur l’inconstance empreinte de contradiction de la victime à la barre, elle a renchéri : “tantôt la victime a été braquée à Massoukou à la sortie du bar, tantôt à la colombie, tantôt chez son ami, tantôt Stach n’était pas”… etc, la vérité se cache dans les détails, a-t-elle lancé à la Cour.
Ainsi, pour Me Adjomo Mayagui, on ne peut déclarer la culpabilité d’un individu sur la base de simples déclarations d’une “prétendue” victime, fusse t-il, un voleur. D’autant, a-t-elle rappelé, qu’il est de principe en droit pénal qu’il revient à l’accusation de rapporter la preuve de la culpabilité de l’accusé, au-delà de tout doute raisonable.
Au regard de tout ce qui précède, elle a plaidé pour l’acquittement pur et simple de son client.
Dans ses réquisitions, l’avocat général, Léandre N’wopahouin, représentant le ministère public a requis la culpabilité du multirécidiviste et sa condamnation à 20 ans de réclusion criminelle, et à une amende 100 mille.
Disant craindre des représailles sur elle-même et sur ses enfants, la grande sœur de Mignon ne s’est pas constituée partie civile.
Rendant son verdict, la Cour a déclaré : « statuant publiquement, contradictoirement, à la majorité des voix, en matière criminelle et en dernier ressort. Déclare Bouka Bouassi Van Rudy alias Yaya Touré non coupable du crime de vol commis avec usage d’arme apparente. Prononce son acquittement au bénéfice du doute. Condamne l’intéressé au dépens”.
Malgré cette double relaxe, Yaya Touré a encore plus d’une décennie à passer à la prison centrale de Port-Gentil.

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