« Nous bâtissons un Gabon inclusif et tourné vers le développement », déclarait Brice Clotaire Oligui Nguema le 5 juillet 2025 lors du lancement de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) au Palais des Sports de Libreville. Mais derrière ces mots d’ordre rassurants « inclusivité, développement, félicité » se cache une réalité beaucoup moins novatrice. Loin de rompre avec les pratiques du passé, l’UDB reproduit, presque point par point, le modèle du Parti démocratique gabonais (PDG) d’Omar Bongo, parti unique de 1968 à 1990 puis parti-État dominant jusqu’en 2023.
« La composition de son organigramme l’illustre parfaitement : une large partie des postes clés est occupée par d’anciens poids lourds du PDG ou de ses partis satellites. Paul Biyoghé Mba, ex-Premier ministre d’Ali Bongo et ancien premier vice-président du PDG, siège désormais au Conseil stratégique national de l’UDB.
Brice Laccruche Alihanga, ex-directeur de cabinet d’Ali Bongo, symbole de la résilience des réseaux présidentiels d’hier, fait son retour dans les structures du parti. Serge Maurice Mabiala, ancien ministre de la Fonction publique, a été nommé vice-président, tout comme Régis Onanga Ndiaye, chef de la diplomatie et ancien cadre du PDG.
Plus révélateur encore : Oligui Nguema cumule les fonctions de président-fondateur et président du parti, assisté de dix vice-présidents et d’un cabinet politique dirigé par Jean-Pierre Oyiba. Cet appareil pyramidal, centré sur le chef et ses fidèles, laisse peu de place à l’innovation ou au renouvellement.
Cette centralisation s’accompagne d’une logique d’allégeance bien connue : après la victoire écrasante du général-président à la présidentielle d’avril 2025 (94,85 % des suffrages), le nouveau parti devient le passage quasi obligé pour quiconque souhaite conserver un poste ou accéder à des responsabilités.
Comme le PDG avant lui, l’UDB capte les notables, affiche une majorité numérique et neutralise la concurrence par l’aspiration. « Pour travailler, il faut être à l’intérieur », confiait un jeune cadre politique lors de la cérémonie constitutive, résumant le réflexe qui enferme de nombreux Gabonais dans ce parti-État naissant.
Mais cette logique de ralliement forcé n’a jamais permis d’améliorer les politiques publiques ni la vie des populations. Elle a, au contraire, entretenu un système clientéliste qui asphyxie la société et empêche l’émergence d’idées innovantes.
Les conséquences géopolitiques et géostratégiques sont inquiétantes. Le Gabon demeure extrêmement dépendant d’un panier d’exportations peu diversifié : pétrole, manganèse et bois représentaient encore 83 % des exportations en 2023, le pétrole à lui seul pesant 68 %. Plus d’un tiers des exportations sont absorbées par les marchés asiatiques, notamment la Chine qui capte 81 % des exportations de brut au premier trimestre 2024. Dans un tel contexte, un parti-État priorise la loyauté politique au sein des filières extractives plutôt que l’ouverture à la concurrence et à la création de valeur locale, pourtant indispensables pour réduire la vulnérabilité économique du pays.
Face à cette situation, la jeunesse gabonaise doit s’interroger : après Oligui Nguema, que restera-t-il de l’UDB ? Si le parti n’existe que par et pour son fondateur, il est voué au même destin que le PDG : un appareil sans âme, sans vision, qui survit par la peur ou par l’opportunisme. L’histoire récente du Gabon, du parti unique de 1968-1990 à la domination du PDG jusqu’en 2023, démontre que l’ascenseur politique offert par le parti-État monte peu et redescend vite.
Il est donc urgent pour les jeunes qui aspirent à transformer le Gabon de ne pas se laisser enfermer dans ce nouveau parti-État. Ils doivent bâtir leurs propres plateformes, créer des collectifs indépendants, porter des idées avec courage et compétence, et refuser le recyclage politique qui n’augure rien de neuf.
L’UDB n’est pas l’irruption d’un courant idéologique nouveau ; il incarne plutôt la reconduction d’une méthode : celle de la majorité sans projet. Face à cela, la jeunesse gabonaise ne doit pas « s’enrôler » par réflexe de carrière. Elle doit bâtir ailleurs, à ciel ouvert, des instruments d’influence fondés sur des idées, des chiffres et des résultats, et non sur la proximité au chef. C’est à cette condition que nous pourrons enfin briser le cycle des partis uniques qui neutralisent l’avenir au lieu de le bâtir. »
Jean Kevin NGADI, Analyste politique engagé, observateur de la vie publique gabonaise
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