Léon Nzouba revient sous le signe du rassemblement ?

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Le Professeur Léon Nzouba (ancien ministre de la Santé)

Il y a deux modèles de come-back. Dans certains cas, le retour est avant tout provoqué par une situation exceptionnelle. Mais la plupart des come-back n’obéissent pas à cette logique. Ils sont moins spectaculaires et se font parfois sur des années.

C’est un grand classique. Pour réussir un retour, il faut préparer les esprits. Il faut tirer profit des circonstances pour forcer le destin. Pour réussir son retour, il faut aussi réussir sa traversée du désert. C’est son autre grand problème à Léon Nzouba. Depuis son départ de la vie politique, il ne s’est pas donné ce temps de retrait, qui lui permettrait de revenir en disant : J’ai pris du recul, j’ai réfléchi et j’ai changé.  La meilleure façon de préparer son retour, c’est de dire ou de faire croire que l’on ne reviendra jamais en s’engageant résolument dans une autre carrière. Léon Nzouba, lui, n’est pas vraiment sorti du paysage politique. Il revient sans être jamais parti. Il ne s’est pas donné ce temps de pénitence qui peut permettre de susciter le pardon. C’est pour lui un handicap.

« J’ai l’honneur de vous adresser mes remerciements les plus sincères pour avoir bien voulu m’accorder cette audience. Fort de tout ce qui précède, je vous réitère mon engagement aux côtés du Président de la République pour soutenir son action avec l’appui des forces pédégistes en présence qui méritent d’être valorisées davantage. » Telle est l’annonce, sobre, qui marque le retour officiel de Léon Nzouba dans la vie politique active. Volontairement vague sur les modalités, il propose de continuer à être utile en tant que serviteur dévoué. Ce message est la grande idée de son retour, dont il veut installer l’évidence par-delà les clivages traditionnels. Il espère avant tout recréer une dynamique de terrain sans heurter et provoquer. Pour y parvenir, il faudra qu’il prouve au pédégistes qu’il n’a pas perdu la main, après tant d’années loin des réalités politiques du Parti: Connaître deux fois l’état de grâce, cela n’a rien d’évident.

Pour son retour, Léon Nzouba a choisi de s’en tenir à une correspondance très générale, adressée le 20 décembre 2019 au Coordonnateur Général des Affaires Présidentielles. La préparation de ce retour remonte à quelques mois. Depuis, lui et ses proches ajustent, corrigent, et jouent avec ce vrai faux suspense. Les ralliements successifs, les fuites sur la date et la manière d’annoncer son retour montrent que l’ancien ministre de la Santé n’a rien perdu de son art de centrer l’attente autour d’une initiative considérée par ses proches comme un secret de polichinelle. Le contenu de son courrier met fin à cette montée de l’attente et du désir chez les Gabonais, qui correspondait aussi à un temps d’analyse nécessaire. Car, on l’oublie un peu, le choix du moment lui a été imposé par les circonstances. L’état de santé du Président de la République Ali Bongo Ondimba et la déliquescence de l’opposition l’ont contraint à accélérer un retour qu’il n’envisageait plus. Cette situation n’a fait qu’augmenter sa détermination. Mais, depuis, la fragilité du PDG et l’ascension de l’opposition dessinent un paysage politique cataclysmique à Mouila pour lui. L’ex-président ne veut pas être accusé de créer par son retour des tensions supplémentaires. Avec ce courrier, Léon Nzouba s’emploie à convaincre le Coordonnateur Général des Affaires Présidentielles que son retour est justifié alors qu’il avait annoncé un départ de la vie publique. Il estime avoir désormais le recul indispensable pour analyser le déroulement de ses errements passés. Il affirme pourvoir en tirer les leçons. Une façon d’accepter l’inventaire de son passage raté dans l’opposition réclamé par nombre de nombreuses personnalités tapis dans l’ombre. Il jure écarter tout esprit de revanche ou d’affrontement, mais aussi toute amertume. Ni la défaite, dont il estime qu’elle n’a rien eu d’humiliant, ni les affaires, ni les querelles avec nombre d’anciens responsables du PDG, ne justifient un tel retour, jure-t-il.

Hors de question, explique-t-il, de rester spectateur du délitement du débat politique, de divisions si dérisoires au sein de l’opposition, car cela reviendrait à une forme d’abandon. Léon Nzouba parie que son retour sera la dernière digue contre la marée inexorable du désarroi, du rejet et de la colère à l’endroit du pouvoir, de sa majorité mais plus largement de tout ce qui touche de près ou de loin à la politique.

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