Le concept de Président de la République a-t-il encore sa place au Gabon ?

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Le Président de la République, Ali Bongo Ondimba

Représenter l’autorité de l’État et garantir le bon fonctionnement des institutions : voilà le rôle premier du Président de la République tel que défini par la Constitution. Ses responsabilités sont par ailleurs prééminentes dans les domaines dits “réservés” de la diplomatie et de la défense. Les lignes directrices de son action sont édictées par la Constitution, qui stipule que le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. 

Le Président de la République a tous les pouvoirs de la royauté : il dispose de la force armée ; il nomme aux emplois civils et militaires ; il dispense toutes les faveurs ; il a tous les moyens d’action, toutes les forces actives d’un  roi. De plus, il est élu du suffrage universel.

La question du Président de la République ou, si l’on préfère, celle du pouvoir exécutif, est un bon fil conducteur de l’histoire politique et constitutionnelle du Gabon. Les Gabonais sont partagés entre le rejet du pouvoir personnel et la demande d’un État personnifié. Le Président de la République doit donc agir sur les deux plans, cohésion nationale d’une part, cohésion sociale d’autre part.

Ainsi, parce qu’il n’y a pas de société sans un minimum de cohésion entre les divers éléments qui la composent et parce qu’il est le premier dans l’ordre hiérarchique de la société, le Président de la République aurait le droit et même le devoir de veiller au maintien de la cohésion sociale. Le statut et les pouvoirs qui sont les siens, en particulier ses pouvoirs propres, tendent à faire naturellement de lui le garant de la cohésion sociale.

Le Président de la République n’apparaît si bien comme la figure désignée entre toutes pour se porter garante de la cohésion sociale que parce que, d’abord, il symbolise lui-même cette cohésion, nationale en même temps que sociale. Il est le Président de tous, sans exception. L’un ne va pas sans l’autre. La cohésion sociale ne suit pas la naissance de l’institution présidentielle. Tout au contraire, la figure du Président de la République forme l’une des émanations de cette cohésion préexistante.

Ce n’est pas le Président de la République qui crée la cohésion sociale. La cohésion sociale existe indépendamment de lui. Toutefois, cette cohésion n’est nullement une donnée intangible, dont le Président de la République serait uniquement l’aboutissant. Il en est également le tenant, celui qui fournit l’impulsion indispensable à la conservation et au renforcement de cette cohésion. De par sa position au sommet de l’État, il est apte à définir les conditions d’une meilleure promotion de cette cohésion.

Chaque époque draine son cortège de contestations, de revendications, d’interrogations auxquelles il appartient au Président de la République d’apporter des réponses adaptées. En effet, par le simple fait de se maintenir au pouvoir, le chef de l’État Ali Bongo Ondimba qui se voit privé d’une majorité, est devenu paradoxalement, facteur de division de l’exécutif puisque celui-ci compte désormais deux têtes incarnant des lignes politiques divergentes. De même qu’il peut être facteur de cohésion sociale, le Président de la République Ali Bongo Ondimba est devenu un facteur tout aussi puissant de division sociale. De surcroît, en instrumentalisant la cohésion sociale dans le but de préserver son pré-carré, il a mis en échec le choix fait par les électeurs de le suspendre dans ses fonctions de décideur politique.

Toute l’histoire de la fonction présidentielle au Gabon tend toutefois vers une affirmation de la figure du chef de l’État au sein des institutions nationales. Depuis les années 1990 le lien « privilégié » entre le Président de la République et la cohésion sociale  s’est progressivement dégradé jusqu’à l’actuel Président de la République Ali Bongo Ondimba en 2020, lien sans lequel pourtant le Président de la République ne saurait être plus qu’un garant passif de cette cohésion. De fait, le Président de la République a cessé aujourd’hui d’être une figure symbolique de la cohésion sociale.

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Rédacteur en Chef, Journaliste-Ecrivain, Sociétaire de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédias), membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres), membre du SFCC (Syndicat Français de la Critique de Cinéma), membre de l'UDEG (Union Des Écrivains Gabonais).

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