Exploitation des ressources naturelles, confiscation du pouvoir et divers conflits au Gabon.

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François NZIGOU NZIGOU. Analyste Financier et Economiste à l’Institut des Risques Industriels, Assurantiels et Financiers et du laboratoire de l’Economie et de Management de Lille – France.

Inégalement réparties sur la planète, les ressources naturelles sont toujours à l’origine de la confiscation du pouvoir et des divers conflits en Afrique en général et particulièrement au Gabon. Selon l’étude du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE, 2009), les ressources naturelles ont alimenté plus de dix-huit (18) conflits violents depuis 1990 et ont été liées à au moins à 40% du total des conflits qui ont eu lieu depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le rapport d’Amnesty International concernant le « Nigeria : Pétrole, pollution et pauvreté dans le Delta du Niger » démontre que l’exploitation pétrolière dans cette région a provoqué d’importants dégâts sur l’environnement qui ont conduit à l’appauvrissement des populations et à des conflits entre communautés, autorités et multinationales. Certains chercheurs utilisent, pour décrire ces inégalités, le concept de « dette environnementale ou écologique », entendu comme le maintien d’une situation d’injustice environnementale globale dans laquelle une minorité s’approprie les ressources naturelles tout en exportant les conséquences de la dégradation planétaire sur la majorité pauvre de l’humanité.

Après la perte de l’Algérie, grand producteur du pétrole et de gaz en Afrique, le Gabon devint automatiquement la chasse gardée et la vache à lait en ressources naturelles pour la métropole (pétrole, minerais, bois, l’or, diamant etc.), installant une grande base militaire afin de sécuriser non seulement leurs intérêts économiques, mais aussi et surtout de pérenniser le pouvoir en place et rendre impossible une alternance politique.

De 1998 à 2016, élections toujours contestées, quelles soient présidentielles ou locales. Mais confronté par la main invisible de la métropole, imposant toujours au peuple gabonais un sous – préfet nommé et non élu. Ces derniers ne voulant plus laisser le pouvoir à cause des profits illégaux qu’ils obtiennent de l’exploitation des ressources naturelles, confisquent le pouvoir en tentant d’établir parfois une monarchie. D’ou la colère du peuple gabonais et d’un vœu absolu du changement de paradigme politique.

La colère du peuple gabonais d’une part, par d’un constat très simple, le Gabon est un petit pays d’Afrique Centrale dont les ressources renouvelables (ressources naturelles) et non renouvelables (matières premières) sont abondantes, d’un capital humain extraordinaire auquel les jeunes représentent plus de 60% de la population. Paradoxalement, le pays enregistre un taux de chômage de plus de 40% et dont une minorité se partage la manne pétrolière et minière du pays. Situation que critique la nouvelle élite gabonaise. Et d’autre part, les opposants que j’appelle des mercantilistes politiques qui lorsqu’ils ont faim, insultent, discréditent le pouvoir et vont dans l’opposition pour distraire le peuple juste pour une seule raison : être appeler par le pouvoir et s’installer à la mangeoire comme certains le disent. Lorsqu’ils sont chassés, ils reviennent dans l’opposition. Nous avons des exemples patents, certains rentrent dans le gouvernement d’ouverture en 2016 pour le crédibiliser et, plus tard, se transforment en professeurs de sport et d’autres les suivront.

C’est ce que le Dr. Victor MOUANGUE MBADING a appelé les faux opposants, qui font des allers et retours, ce sont ces mercantilistes politiques qui veulent affaiblir l’opposition véritable. Et pourtant, ils sont sans ignorer que la médiocrité est la valeur prônée par un système de 50 ans, elle reste le repas quotidien dans la gestion de la chose publique. Système bloqué parce qu’il ne peut plus rien proposer de bon au peuple gabonais, parce qu’il ne peut plus innover même s’il change plusieurs gouvernements par an. La nouvelle élite gabonaise ne veut plus de ceux qui ne pensent qu’à leurs ventres, qui ne pensent pas à la répartition équitable des ressources du pays, qui pensent que les institutions de la République leurs appartiennent. Mais oublient qu’ils sont payés par l’argent du contribuable gabonais dans son ensemble. N’est-il pas là, une médiocrité institutionnelle irrationnelle? Comme disait l’Allemand Jo Lein dans son twitt du 12 décembre 2018 à 10h45, les décisions illégales et contre la constitution ont été prise pour remplir le vacuum par la présidente de la cour constitutionnelle. Si le peuple gabonais était respecté, l’Union Européenne aurait agi en utilisant les instruments de l’accord de Cotonou.

Il faut rappeler peut être aux mercantilistes politiques gabonais qu’un parti politique n’est pas un fonds de commerce, c’est une entité qui doit être respectée par ses valeurs, par la transmission des formations sur les grandes thématiques politiques du pays, par exemple, sur la constitution gabonaise qui vient de subir une entorse par la volonté d’un seul individu guidée par la part du gain (les choses du pays), l’histoire politique du Gabon, le système éducatif, le système sanitaire, comment les marchés publics sont attribués, les finances publiques etc. Oui, c’est des questions concrètes qui doivent s’adresser aux populations gabonaises. Ces thématiques doivent se faire via les multiples conférences, ateliers, forums, salons politiques. Les acteurs politiques doivent informer le peuple gabonais sur les questions qui minent notre société afin qu’il puisse être éclairé sur le rôle du gouvernement.

Tous les fils et filles du pays doivent comprendre qu’on a pas un pays de rechange, que vous soyez émergents, PDGistes dans l’âme ou des opposants situationnistes, comprenez que la gestion actuelle du Gabon est gestion scabreuse qui n’a aucun avenir pour les générations actuelles et futures. Mémé si vous voulez préserver vos propres intérêts, mais dans le sens actuel des choses, vos intérêts seront mis en mal car la nouvelle génération connait les responsables de la destruction de notre pays.

Force est de constater que les différences de répartition des ressources, mais surtout les inégalités issues d’un partage peu équitable, engendrent des divers conflits et de rivalités comme nous l’observons aujourd’hui. Ces conflits peuvent pourtant être résolus grâce à un partage intelligent et concerté des ressources via le développement des infrastructures, la gestion rationnelle des finances publiques, la mise en place d’une politique entrepreneuriale pour permettre aux jeunes et aux femmes d’être autonome tout en les soutenant au lancement de leurs activités, promouvoir les formations de reconversion pour les adultes, recadrer les formations sur le potentiel gabonais, c’est-à-dire orienter les élèves depuis l’école primaire sur les formations potentielles du développement économique, social et culturel du pays, ainsi que la mise en place d’un développement durable et responsable.

Citons quelques exemples de situations conflictuelles des enjeux stratégiques que bientôt notre pays le Gabon risque de connaitre : La compagnie japonaise Daewoo, ayant acheté un million d’hectares à Madagascar pour acquérir des terres agricoles, a dû renoncer à son projet sous la pression de la vindicte populaire.

La région du Kivu, en République Démocratique du Congo, est riche en ressources naturelles (cassitérite, coltan, or, etc.). Depuis plus de 10 ans, la région est le théâtre de conflits meurtriers liés entre autres à l’exploitation des richesses du sol. Dans cette région, convoitée par le Rwanda et le Burundi, un conflit local vient s’ajouter aux tensions géopolitiques.

Le Nil, traverse une dizaine d’Etats et fait vivre, plus ou moins directement, près de 123 millions de personnes. Pourtant, l’exploitation de sa ressource hydraulique est clairement inégale, puisque 94% des eaux sont utilisées par l’Egypte et le Soudan au détriment de l’Ethiopie.

L’exploitation des ressources et la domination politique et économique ont toujours été liées, depuis les mines d’argent des Grecs qui assurèrent leur prééminence en Méditerranée pendant plusieurs siècles jusqu’aux mines de charbon du XIXe qui ont permis la révolution industrielle en Europe du Nord.

Aujourd’hui, en devenant de plus en plus rares et menacées, les prix des matières premières s’envolent, et leurs acquisitions se font au prix de négociations serrées. Des contrats sont signés entre des pays en développement, qui possèdent les richesses convoitées, et des multinationales occidentales qui apportent les techniques d’exploitation et de transformation.

Ces accords économiques autorisant l’exploitation étrangère se font souvent au détriment des populations locales, qui n’en voient pas les retombées économiques mais en subissent de plein fouet les désagréments. Ceux-ci vont de la défiguration du paysage aux catastrophes écologiques, en passant par le déplacement de populations. La tristement célèbre déforestation de la forêt amazonienne en est le parfait exemple.

Aujourd’hui, c’est le Bassin du Congo qui paie le prix via l’exploitation illégale du bois tropical. Plusieurs ONG gabonaises en ont sonné la sonnette d’alarme au gouvernement pour le cas Veolia, OLAM pour ne citer que ceux là.
Ces situations injustes sont propices à l’apparition de foyers de contestation. C’est le cas par exemple au Niger, où l’exploitation de l’uranium par Areva est contestée par les populations locales, qui dénoncent une dégradation de l’environnement due à l’exploitation d’une matière radioactive, tandis qu’elles ne sont pas associées aux bénéfices gigantesques générés par ce commerce. Dans les pays en voie de développement, la découverte de richesses naturelles n’est donc pas toujours une chance pour les pays en développement en général et le Gabon en particulier. En attirant les investisseurs étrangers du monde entier, les convoitises apparaissent et des tensions naissent dont les populations civiles sont les premières victimes.

Pour résumé, le système de 50 ans confisque le pouvoir pour des raisons pécuniaires et non pour l’amélioration des conditions de vie du peuple gabonais. Ce qui constitue ce système de plus de 50 ans, ce sont les fils et les filles du Gabon non soucieux du développement socioéconomique et politico- institutionnel de notre pays, esclave d’un système mis en place par eux-mêmes, incapables de reculer aujourd’hui pour que le Gabon rentre dans le concert des pays africains respectables sur le plan de la démocratie.

Que cette nouvelle année soit l’ère du développement de notre cher pays le Gabon, que les intelligences éclairées soient mises au service du pays afin de rattraper le retard que nous avons devant d’autres pays africains en matière de gestion de la chose publique et du respect de notre loi fondamentale.

François NZIGOU NZIGOU
Analyste Financier et Economiste à l’Institut des Risques Industriels, Assurantiels et Financiers et du laboratoire de l’Economie et de Management de Lille – France.

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