Dix ans après la disparition d’OBO. Que nous a-t-il laissés ?

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Feu Omar Bongo Ondimba.

Alors que les sirènes des louanges posthumes et  les grelots  soviétisant se sont tus dans la presse écrite et audio visuelle après  la célébration du dixième anniversaire de la disparition d’Omar bongo le 8 juin dernier, l’heure est au bilan de son legs dans un   pays mis sur pilotage automatique et où, dans  tous les secteurs, les  voyants sont au rouge.

Dans son essai France-Gabon 1960-1990  trente ans de dépendance réciproque publié à la Maison Gabonaise du Livre, le politologue Gabonais Jean François Obiang  révèle  les relations troubles, empreintes de verticalité à leurs débuts entre les acteurs politiques Gabonais d’une part et, français d’autre part. Mais, avec le temps, ces rapports de force  vont  s’inverser et devenir  horizontals à l’initiative   d’un acteur clé, Omar Bongo Ondimba.

Ce fin manœuvrier a su porter le système FranceAfricain  à son pinacle  au point, entre autres, de proposer à la nomination,  des ministres de la Vème République et, last but least, exiger et obtenir, en fonction des contingences, leur sortie du gouvernement. La dernière victime de cette purge est  Jean marie Bockel, secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner lequel, avant son entrée dans le gouvernement Fillon 2, avait réalisé un audit sur le système de santé au Gabon. Coût de ce travail de 107 pages, 300 millions de FCFA, une somme payée rubis sur ongle par l’Etat gabonais et révélée par le pamphlétaire Pierre Péan dans son livre Le Monde selon K !

Ainsi, lorsqu’ Omar Bongo a cassé sa pipe le 8 juin 2009 à Barcelone après en avoir tiré des bouffées sept décennies durant dont quatre à la tête du Gabon, la consternation n’a pas été seulement du côté Gabonais. La présence à Libreville des acteurs divers, issus des milieux français, a suscité des interrogations. On y a retrouvé des hommes politiques, d’anciens ministres de la coopération reconvertis, des francs-maçons, des Roses-Crusiens, des mages, des marabouts, des chefs d’entreprises françaises, des parrains corses, des avocats CFAfricains de certains présidents, des héritiers putatifs de Foccart, etc. Tous ces hommes, aux multiples casquettes et adeptes « des pratiques clientélaires » fonctionnant hors de toute logique d’Etat, comme le souligne le politologue Jean François Obiang, se côtoyaient sans se voir. Habitués à se rencontrer dans des milieux occultes, opaques, ces hommes de l’ombre semblaient gênés par la lumière de l’opportunité qui se présentait à eux dans le grand salon d’apparat du bord de mer en 2009.

La cérémonie d’hommages a été précédée  de l’ouverture, pour la première fois, des portes de la présidence à la plèbe gabonaise, ce qui a  rendu la population euphorique mais aussi inquiète voire, pessimiste quant à l’avenir. Dix ans après, que nous a légués cet homme multidimensionnel dont l’aura a transcendé les continents ?

Sur  le plan politique avec, la locomotive PDG. Hérité par son fils Ali Bongo, le  Parti a failli voler en éclats après  son premier mandat. En cause, le choc des ambitions qui a vu la naissance de courants aux noms aussi énigmatiques  que  Mogabo, Héritage et modernité, Casabo etc. Tous, se réclamant proches d’Ali Bongo. Confronté à la grippe d’un parti vieux de plus de quarante ans, le courant héritage et modernité, plus offensif, sera à l’origine de la fronde la plus dure qui faillit entraîner la scission voire, la disparition du parti en 2016. Même si le PDG a échappé à cette tragédie savamment orchestrée de l’intérieur, il a perdu des plumes en chemin avec, à  la clé, la démission en cascade de militants et non des moindres.

Deux ans après, l’épisode est passé et le parti a fait une razzia lors des dernières législatives 2018, en obtenant la majorité absolue des sièges. Pour justifier son hégémonie, le parti a fait preuve de résilience en injectant du sang neuf grâce au système des 2R (Régénération, Revitalisation). L’alliance avec des associations telles l’Ajev et des partis satellites RV, SDG, a  apporté un certain lustre avec de jeunes députés dont  certains ont été appelés au gouvernement.

Ces managers aguerris, novices en politiques, ont le sens commun du changement. Même si les scènes de gloutonnerie de la première équipée de pourceaux venus dans les bagages d’Ali en 2009 ont laissé un goût amer. Car, en moins de  trois ans, le budget, favorisé en cela par un prix du brut favorable, a été mis en coupes réglées par ces prébendiers, quadras pour la plupart. Conséquence, le discours politique a eu pour effet de lasser et d’entretenir le doute, creusant davantage le fossé entre politique et population.

Le discours d’Ali Bongo le samedi 8 juin commémorant le dixième anniversaire de la disparition d’Omar, précédés du nouveau gouvernement et la recomposition de l’architecture du parti des masses, permettent d’espérer. La  structure du pdg de la présidentielle 2016 ayant présenté des failles. Certains camarades ont flirté avec l’ennemi et mis sous le boisseau, les moyens colossaux mis à leurs dispositions pour battre campagne. Dans  certains coins du pays, on montrait patte blanche le jour et, la nuit, une contre campagne s’enchaînait. La nouvelle configuration du PDG va-t-elle inaugurer les chrysanthèmes en 2023? Seul l’avenir nous le dira.

Autre fait,  la santé du distingué camarade. Cette histoire a alimenté moult commentaires les uns aussi loufoques au point d’impacter la constitution. Si la rémission progressive de sa santé est à louer, on peut cependant déplorer ses conséquences collatérales avec, en premier, la naissance de clans. Ces  clans, qui luttent pour le contrôle du bord de mer, se livrent des combats épiques. A preuve, l’inconstance des gouvernements Nkoghe Bekale I et II en l’espace de six mois. Ça fait désordre. C’est à qui tirera le premier. Certains ministres, tombés en disgrâce, meublent désormais les pages des faits divers.

Sur  le plan social, la population gabonaise est sortie de la rêverie et de l’insouciance des années OBO. Les efforts ou, plus exactement, les sacrifices qui lui sont exigés passent mal. Chez les fonctionnaires, la menace d’une baisse de salaires a entraîné une levée de boucliers. Si le gouvernement a reculé, la mesure reste suspendue au dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès. Les audits de la fonction publique ont accouché de plusieurs souris. Les résultats, à chaque fois sont renvoyés aux calendes grecques. Que cache-t-on ? La fermeture des sociétés a entraîné une foule de chômeurs qui errent. La crise pétrolière aidant, l’Etat n’arrive plus à honorer ses engagements vis-à-vis du patronat gabonais avec une dette intérieure  vertigineuse évaluée  à 400 milliards.

Or, croissance rime avec investissement. L’Etat étant le premier créancier et, dans certains cas, l’unique, il devient difficile pour ces structures de partir sur des prospectives tant que le mammouth Etat peine à payer. Plusieurs d’entre elles ont mis la clé sous le paillasson. Port-Gentil, la capitale économique, en paye le lourd tribut.

Enfin, sur le vivre gabonais. Les  dernières élections présidentielles ont laissé des séquelles. La population  s’est réveillée avec une gueule de bois. Le désir d’alternance ayant été sacrifié sous l’autel  d’un score soviétisant de 99,93 votants du haut-Ogooué. Le Gabonais, jadis optimiste, nage dans un pessimisme affligeant et affiche un mépris assumé vis-à-vis de l’autorité. L’insulte, la violence deviennent la chose la plus partagée. Pire, chez les jeunes, saoulés aux kobolos, tuer devient un jeu de king off. Phénomène assez rare, des  jeunes filles d’une grande beauté assassinent avec une froideur inégalée, leurs compagnons. Jalousie, ambitions, pauvreté, infidélité, impatience sont l’alibi. Cette violence, associée aux braquages des finances par les cols blancs, est un cocktail explosif qui fait du Gabon un volcan social qui boue, prêt à ruer, mettant le pays en sursis.

 

 

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