Crise postélectorale au Gabon : Autopsie d’un marasme.

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Le Gabon s’est enfoncé dans une crise politique durable. Le Gabon vit aujourd’hui la plus grave crise de son histoire. Pouvait-il en être autrement ?  Il s’agit d’une crise postélectorale qui était prévisible si l’on tient compte notamment de l’évolution du contexte sociopolitique. Pourtant, une question demeure dans tous les esprits : pourquoi réaliser des élections souvent dans la précipitation, en sachant très bien que cela risque de déboucher, tôt ou tard, sur une crise électorale, puisque les résultats seraient évidemment contestés par les perdants ? Preuve qu’au-delà de la crise électorale, il y a une crise structurelle à résoudre.

La crise actuelle n’est pas la conséquence d’une simple fraude électorale, c’est aussi et surtout un ras-le-bol contre un État qui s’est ingénié à manipuler la démocratie et à en bloquer le développement. Mais ce qui est révélateur aujourd’hui, c’est que les Gabonais ne veulent plus s’en accommoder.

Si la plupart  des échéances électorales des dernières années se sont déroulées pacifiquement et librement, divers actes de violences ont pu cependant se produire. Quelle est la nature de cette violence et comment faire pour l’éradiquer définitivement ?

Depuis les années 90  les  échéances électorales au Gabon ont souvent été une occasion d’expression forte de violence. Cette violence, connue aussi bien des populations, des acteurs politiques, des dirigeants que de la communauté internationale, prend ses racines dans divers paramètres historiques, politiques, et socio-économiques. Cerner ces paramètres, permettrait de mieux agir en amont et prévenir.

En effet, la violence électorale est, une variante de la violence politique. Cependant, la violence électorale peut être distinguée de la famille de la violence politique, par son objectif particulier. Elle cherche en effet à influencer la conduite des électeurs, des candidats ou à travestir les résultats des élections. Pour ce faire, elle tente de retarder, d’empêcher le vote ou la compilation des suffrages, pour des résultats qui ne reflètent pas la vérité des urnes. La violence électorale ainsi observée peut avoir lieu pendant n’importe quelle étape du cycle électoral. Elle a eu lieu juste au lendemain de l’élection présidentielle.

Cette violence électorale a été déclenchée pendant la période électorale. Les sujets sur lesquels elle s’est déclenchée sont : la mise en place du fichier électoral, la mise en place de l’administration électorale et les résultats électoraux. Cette violence électorale s’est donc manifesté par des actes tels que : la violation du cadre juridique ; les paroles blessantes ou indécentes ; les assassinats ; les coups et blessures entre supporters rivaux ; l’intimidation des adversaires, des électeurs ou des agents électoraux ; le bourrage des urnes ; l’exclusion de communautés. Ainsi, les actes de violence étaient ciblées contre : des personnes, qu’il s’agisse d’individus, de communautés ou même de candidats ; des matériels en l’occurrence, le matériel de campagne, les véhicules, les bureaux, les bureaux de vote.

Pour rappel, le 27 août 2016, le Gabon était appelé aux urnes pour élire son président. Le 31 août, les résultats annoncés par la commission électorale avaient donné Ali Bongo Ondimba gagnant à 5 000 voix près de son rival, Jean Ping, c’est-à-dire qu’Ali Bongo l’avait emporté avec 49,8 % contre 48,23 %. Un résultat contesté par le camp Ping, qui avait demandé un recomptage des voix. Des manifestants sont descendus dans les rues, des heurts ont éclaté, les forces de l’ordre ont réprimé brutalement la colère des manifestants à Libreville, et l’Assemblée nationale a été incendiée.

La réélection très contestée d’Ali Bongo Ondimba a provoqué la mort d’au moins 5 Gabonais. Le soupçon de fraude électorale avait envahi les deux camps et le 8 septembre de la même année, Jean Ping avait déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle pour un recomptage des voix dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo. Même que des jours après l’annonce du résultat contesté de la présidentielle, donnant le sortant Ali Bongo vainqueur, la tension était resté vive dans le pays.

Aussi, le ministère de l’Intérieur avait reconnu «entre 600 et 800 interpellations» à Libreville et «200 à 300 dans le reste du pays», et 26 opposants furent retenus au QG du candidat Jean Ping. En revanche, le bilan des victimes était plus flou.

Le Gabon n’est pas condamné à la crise, à la mal-gouvernance, à la dictature et à l’anarchie. Depuis le début de cette crise, des voix venues du pays et du monde entier appellent à la paix et à la normalisation de la gestion de la démocratie car tant est grande la fracture entre les parties en présence. Il serait judicieux de mettre en place une nouvelle gouvernance fondée sur le passage d’une démocratie formelle à une démocratie véritable et responsable, une démocratie fondée sur les principes de bonne gouvernance, de participation, de reddition des comptes et de transparence.

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